Renaissance et baroque

 

Suède Stockholm Palais royal

Oslo, visitée trop vite, lors d’une fin de semaine marquée par une « Summer parade » qui poussait plutôt à fuir une ville abandonnée à la saoulerie collective, n’a pas retenu notre attention. Mais Stockholm est tout à fait remarquable par la richesse de ses monuments.

Le Château royal de Stockholm est une œuvre intéressante. Tessin l’Ancien dessina, dans les années 1660, les esquisses d’un édifice entièrement nouveau visant à remplacer l’ancienne citadelle de Gustave Vasa qui avait été agrémentée de façades Renaissance. Il en construisit l’aile Nord mais c’est à son fils, Tessin le Jeune, qu’il revint de reconstruire le château après l’incendie de 1697.

L’ensemble est homogène bien que composite. Homogène car il s’agit d’un quadrilatère enserrant une vaste cour centrale carrée et dont les façades respectent une même ordonnance, hauteur, nombre d’étages, symétrie des fenêtres, corniche et bandeau de pierre, balustrade au faîte des façades pour dissimuler la toiture, portes monumentales percées en leur centre. Mais aussi hétérogène car le style en est sensiblement différent selon les ailes : Renaissance sur la façade Nord construite par Tessin l’Ancien, en conservant une grande simplicité, plus baroque sur les façades Ouest et Sud avec des pavillons centraux agrémentés d’atlantes, de médaillons, ou de colonnades colossales et de corniches à ressaut, classique enfin, sur la façade Est, avec une longue façade rectiligne soulignée de pilastres. Selon les guides touristiques, le Château royal est qualifié alternativement de renaissance, de baroque, certains parlent même d’une réminiscence du Bernin avec la façade Est, et enfin de style classique. Ces différentes assertions ne sont pas contradictoires. Certes, on est loin du baroque d’Europe centrale, mais très proche des palais romains tant renaissances que baroques, voire du dernier projet du Bernin pour le Louvre.

Mais les laudateurs du baroque y trouveront également leur compte avec la chapelle du Palais royal dont la décoration a été terminée vers 1750 par Carl Härleman. Elle reste relativement sobre dans sa composition générale : une salle rectangulaire, toute en longueur, située dans l’aile Sud du palais. De chaque côté, des colonnes géminées encadrent alternativement, une fenêtre et une niche dans laquelle est placée une statue. La forme rectangulaire et allongée de la chapelle est encore soulignée par l’entablement rectiligne qui court sur chacun des côtés, séparant les deux niveaux de fenêtres superposées. La chaire, placée sur le mur gauche, tout près de l’autel, s’abandonne aux délices baroques. Elle est soutenue, à gauche, par les épaules d’un ange aux ailes déployées et, à droite, par un lion lui même adossé sur un bœuf (!), ange et bœuf prenant appui sur un énorme rocher en relief, jaillissant du mur et se superposant aux décorations murales. Au dessus de la chaire, un dais en forme de coupole est porté par des angelots. De ce dais pendent des tentures sculptées animées d’un ample mouvement tournoyant vers la droite, se plaçant ainsi derrière l’officiant qui est obligé de se tourner de côté pour faire face aux fidèles. Dans leur large mouvement, les tentures de la chaire recouvrent même les colonnes géminées situées à droite de la chaire. Tous les éléments du langage baroque sont présents : le mouvement, donné à la fois par les poses compliquées des anges et des animaux, mais surtout par les effets de tentures virevoltantes, la présence du factice avec le faux rocher qui émerge du mur, les fausses tentures de vrai plâtre qui s’accrochent et recouvrent les chapiteaux des colonnes.

Et puis, il y a la délicieuse Maison de la Noblesse, située sur l’îlot de Gamla Stan, avec sa façade de briques rose pâle, rythmée par des pilastres colossaux de pierre grise, ses deux rangées de fenêtres à frontons triangulaires ou curvilignes selon les étages, les guirlandes de fruits, les médaillons, le toit de cuivre vert en carène de navire renversée. Tout cela serait absolument exquis si des édiles incultes n’avaient pas fait passer là une monstrueuse autoroute urbaine sur pilotis qui frôle ce magnifique bâtiment. Et s’il ne faisait que cela ! Imaginez une liaison autoroutière traversant Paris de part en part, flirtant avec un ensemble de bâtiments prestigieux comme le Louvre, les Invalides, l’Assemblée Nationale et une poignée de palais divers. Inimaginable, n’est-ce-pas ? Cela peut néanmoins vous donner une image approximative du saccage et tendrait à prouver que les Suédois n’ont pas de leçon environnementale à donner[1].


[1] Les Français non plus : les voies sur berges à Paris, la traversée de Lyon, l’autoroute surélevé le long du port de Marseille, les quais de la Garonne à Bordeaux et j’en oublie… autres exemples de saccages environnementaux.

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