Déprime à tous les étages

 

Norvège Oppland Peer Gynt

Par suite du temps limité passé en Norvège et Suède, de l’insuffisance d’occasions d’entrer en contact avec Norvégiens et Suédois, notamment du fait que ces peuplades ne maîtrisent généralement pas notre belle langue nationale, il faut bien avouer que notre étude de la réalité culturelle scandinave est restée succincte. Aussi, il semblait indispensable d’essayer de la compléter par l’étude de sa littérature. Après tout, les Scandinaves titulaires du prix Nobel de littérature ne manquent pas, huit Norvégiens et Suédois[1] ! Ce qui est très honorable, dont Selma Lagerlöf, Knut Hamsun, Sigrid Unset, pour les plus connus en France.

Question posée : en quoi la littérature scandinave confirme-t-elle, ou infirme-t-elle les remarques faites ? Sensibilité à la nature ? Respect de la norme ? Frugalité de l’alimentation ? Etc.

Comme le lecteur pourra le constater, cette approche littéraire restera finalement assez limitée, d’une part parce qu’il faut bien reconnaître qu’en dehors de Selma Lagerlöf et quelques romans policiers de Maj Sjöwall et Per Wahlöö je n’avais jamais eu l’occasion de pratiquer la littérature scandinave par le passé et, d’autre part, par l’aridité même de cette approche. En effet, sans prétende qu’on se tienne constamment les côtes dans le commerce de la littérature française, et sans être un adepte de la Bibliothèque Rose, force est de constater que la littérature scandinave m’est apparue particulièrement difficile d’accès ! Le premier ouvrage m’a laissé étonné et mélancolique, au second je nageais dans la morosité, au troisième j’ai manqué tomber dans la déprime la plus profonde… Noir, c’est noir ! J’ai alors changé de méthode de peur qu’au quatrième je me jette par la fenêtre même fermée. Aussi, pour essayer néanmoins cette approche, n’ai-je procédé qu’en utilisant des doses homéopathiques de littérature scandinave entrelardant les romans et nouvelles avec des polars (scandinaves, quand même !). Toutefois, en dépit de ces précautions, je n’ai pas dépassé la douzaine d’ouvrages (romans policiers inclus) tant les risques me sont apparus grands si je devais poursuivre. Volontaire et déterminé, mais pas suicidaire !

L’abîme, je pense en avoir touché le fond avec « Peer Gynt », la pièce de théâtre d’Ibsen[2]. Par acquis de conscience, j’avais pensé inclure ce texte d’autant que notre étude de terrain s’effectuait dans la région du « héros ». Il nous était d’ailleurs difficile de l’ignorer, tout était assaisonné à la sauce Peer Gynt : la route Peer Gynt, le restaurant Peer Gynt et même le centre commercial Peer Gynt ! Je ne comprends d’ailleurs pas très bien l’attachement des Norvégiens à ce personnage hâbleur, vantard, menteur, sans foi ni loi, couard, enfin, pas vraiment un modèle de « héros positif », et en plus, même pas drôle. Passe encore s’il avait l’humour ravageur à la Chwaïk, mais non, pas un brin d’humour.

Si le héros n’est pas très recommandable, que dire du roman ? Disons que j’en ai lu rapidement le premier tiers par obligation morale, survolé le second tiers par ennui et pioché de-ci de-là dans le dernier tiers par désespérance. Cela commence comme un roman réaliste, dérape dans un « Faust » échevelé, fantastique et bavard avec envolées lyriques, tontes, trolls et sorcières, se poursuit en roman orientaliste avec princes arabes, bayadères et chameaux pour faire bonne mesure ! Le tout est clôturé par une fin des plus morales avec la rédemption du héros par l’amour. Fermez le ban et sortez vos mouchoirs. Je dois être un cas particulier, imperméable au surréalisme ou au fantastique scandinave alors que la pièce ne manque pourtant pas d’être régulièrement programmée dans les théâtres hexagonaux. Il doit y avoir là quelque chose qui m’échappe. En conséquence, j’aurais plutôt tendance à recommander la plus grande prudence aux Français téméraires qui envisageraient de fréquenter la littérature scandinave et d’en faire leur livre de chevet ! Mais peut-être ai-je raté une marche quelque part ? J’attends donc d’avoir la « révélation »[3].


[1] 13 en l’an 2 000 pour la France qui est la nation qui comptabilise le plus grand nombre de lauréats dans cette catégorie.

[2] Henrik Ibsen. « Peer Gynt ». Traduit du norvégien par Régis Boyer. 1994.

[3] Evidemment, cette étude avait été réalisée avant la parution de la trilogie de romans policiers « Millenium » de l'écrivain suédois Stieg Larsson. Non seulement, celle-ci a participé à faire connaître la littérature nordique notamment les romans policiers (Maj Sjöwall et Per Wahlöö, Hennig Mankell, Arnaldur Indridason, Jo Nesbø), mais force est de reconnaître que j’ai lu les trois tomes d’une traite faisant exploser d’un coup mon score de littérature scandinave lue. C’est noir, toujours très noir certes, mais trépidant, haletant. Pour les autres auteurs, malgré des tentatives répétées, j’avoue avoir toujours le plus grand mal à en terminer les ouvrages (note de 2016).

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