Une réalité plus contrastée que l’image qui en est donnée

 

Suède Stockholm

Malgré la brièveté de l’étude conduite en Norvège et Suède, les résultats n’en sont pas moins intéressants faisant oublier les terribles dangers encourus. En effet, malgré les contradictions internes à certains résultats, il apparaît d’abord que notre hypothèse de travail était relativement fondée : à savoir que la Norvège et la Suède sont très différentes de notre beau pays, pas moins belles, mais différentes !

En conséquence, la validation de cette hypothèse de travail permet de mieux comprendre un certain nombre de phénomènes auxquels nous avons été confrontés au cours du voyage : dépaysement, sentiment d’exotisme, difficultés de communication verbale et de compréhension des attitudes des populations autochtones, problèmes d’alimentation rendant parfois la survie très précaire, etc.

Des pays différents donc. Pour autant, cela nous permet-il d’élaborer une image homogène, cohérente, harmonieuse de ces pays ? Pas vraiment. Mais c’est peut-être là finalement le plus intéressant.

En effet, les pays scandinaves en général, mais la Norvège et surtout la Suède, bénéficient généralement d’une représentation homogène et très positive en France : ils seraient les pays du bien-être, marqués par la faiblesse des écarts de revenus de leurs habitants, par une égalité de tous devant la loi, par l’émancipation des femmes (ce qui ne manqua pas de faire fantasmer les adolescents français dans les années 60/70), par une démocratie vivante, apaisée, harmonieuse loin des luttes politiques et syndicales françaises, par une attention aux questions environnementales tout en développant une économie dynamique et moderne. Bref, les pays scandinaves sont présentés comme un « modèle » dont la France ferait bien de s’inspirer, et ce depuis les années 1930[1].

Certes, les autochtones apparaissent pacifiques et placides, la nature grandiose et généralement bien protégée, les monuments historiques aujourd’hui très bien conservés, les pays remarquablement entretenus et les revenus de leurs habitants globalement plutôt très confortables.

Mais, est-ce toujours si « harmonieux » ? Déjà les romans de Maj Sjöwall et Per Wahlöö nous avaient alertés en mettant en scène des histoires critiques sur les réalités des milieux sociaux suggérant qu’il existe aussi des cadavres dans les placards suédois. Concrètement, nous avons pu constater que tout n’est manifestement pas toujours pour le mieux dans le meilleur des mondes et que le « modèle » proposé laissait parfois à désirer. Résumons : une police suédoise incompétente et violente, des cartes géographiques peu précises, la pétanque transformée en un sport tragiquement sérieux, l’absence d’élans et de rennes alors qu’ils sont censés être présents partout dans une nature très valorisée, des voies autoroutières saccageant parfois des sites historiques et, tragédie suprême, une alimentation d’une désespérante banalité, rarement synonyme de plaisir, avec une consommation d’alcool plus tournée vers la beuverie que vers la dégustation ! Enfin, une littérature sombre, noire, dramatique, désespérante[2].

Finalement, nous terminons notre « étude » avec plus de questions que nous en avions au départ ! Il conviendrait donc d’aller approfondir ces questions dans les autres pays scandinaves.

Montpellier, septembre 2001

Senlis, notes complémentaires 2016


[1] A compléter avec par exemples : Martin Kylhammar, « Comment le modèle suédois est né en France. Les récits de voyage en Suède de Serge de Chessin », Sd. Ou : Jenny Andersson, « Qu’est-ce que c’est ce modèle suédois ? Débats constitutifs pour comprendre l’histoire de la social-démocratie suédoise, son modèle et son évolution jusqu’aux élections de septembre 2010 », Histoire@Politique. Politique, culture, société́, n° 13, janvier-avril 2011. Note de 2016.

[2] Je verse ici une pièce supplémentaire au dossier avec le témoignage de la participante bourguignonne à notre équipée. « Je m’étais hasardée à emmener dans ma valise un livre écrit par le célèbre écrivain Herjorg Wassmo intitulé « L’héritage de Korna ». Le côté sombre de l’histoire m’a fait capituler dès la troisième page… ». 

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