Un « tas » de pierres très impressionnant – Mais d’un âge indéterminé

 

Irlande Ring of Kerry Staigue stone fort

Le Staigue Stone Fort est situé à quelques kilomètres de la N70. Il est d’accès libre et, en juillet, le parking comptait quatre ou cinq véhicules. Un petit panneau placé au début du chemin, au pied de la colline, suggère aux visiteurs de laisser une modeste contribution de 1 € par personne dans une boite largement ouverte. Les deux euros qui j’y ai déposé à l’aller n’y étaient plus au retour. Lesquels des autres visiteurs ont-il été indélicats ?

Le Staigue Stone Fort est une construction circulaire située au sommet d’une colline. Elle est composée d’un massif mur de pierres sèches d’une hauteur supérieure à 5,5 mètres pour une épaisseur de 4 mètres. L’accès à l’intérieur de la construction s’effectue par une porte basse de 1,8 mètres de hauteur couverte par un double linteau. Le diamètre du mur circulaire est de 27,4 mètres permettant ainsi de dégager un vaste espace intérieur. Côté intérieur, à des distances assez régulières, des contreforts de pierres sèches constituent des doubles rampes permettant d’accéder facilement au sommet du mur circulaire.

C’est une construction impressionnante par le volume de pierres assemblées - plus de 80 mètres linéaires, soit environ 1 800 m3 et 4 500 tonnes de pierres - mais aussi par la qualité et la précision de l’assemblage qui ont permis à la structure de traverser les siècles sans trop de mal ! Mais combien de siècles justement ? C’est là que le mystère s’épaissit car, s’il est généralement indiqué que le Staigue Stone Fort date de l’âge du fer, vers 400 à 300 av. JC, plusieurs théories très différentes s’affrontent sur l’origine de ces structures dénommées « ringfort » (fort circulaire). Le Staigue Stone Fort n’est en effet qu’une des 45 000 structures de ce type connues et répertoriées en Irlande ! Il est estimé qu’il y en aurait 60 000 potentiellement identifiables ce qui correspondrait à un ringfort par zone de deux km2 ! Il existe également des structures similaires dans le Sud du Pays de Galles et en Cornouailles, mais aussi en Europe du Nord.

Trois grandes théories s'affrontent concernant la datation de la construction de ces structures circulaires. La première suggère qu'ils ont été construits à l'âge du fer. La seconde suppose qu'ils ont été habités et utilisés jusqu'au bas Moyen Âge, voire même jusqu'à la période moderne. La dernière, enfin, propose que ces structures circulaires ont été édifiées durant la seconde moitié du premier millénaire. L’imprécision sur cette origine est liée au fait que très peu de ces ringforts ont été fouillés et ceux qui l’ont été étaient situés dans une zone privilégiée, l’Ulster, ne permettant donc pas d’extrapoler les résultats obtenus à la totalité de l’île. Dans le cas de l’Ulster, sur 114 ringforts étudiés, les 2/3 auraient été érigés entre 540 et 900 après JC [1].

Ces ringforts ont un diamètre interne qui varie de 27 mètres à 75 mètres avec une moyenne de 27-30 mètres. Ils sont généralement situés au sommet d’une colline et entourés d’un fossé. Ces différents éléments, hauteur et épaisseur des murs, diamètre, position dominante et existence d’un fossé suggèrent qu’il s’agissait d’une structure défensive. La forte densité des ringforts permet également d’imaginer qu’un ringfort était toujours à la vue de ses voisins lesquels pouvaient ainsi lui venir en aide. Le cercle est la figure géométrique qui permet d’avoir la plus grande surface intérieure pour un même périmètre. En créant ces structures circulaires, les populations pouvaient donc bénéficier de surfaces protégées importantes en minimisant l’effort de construction de la muraille. Il ne faut donc pas imaginer le Ringfort comme une forteresse résidence d’un seigneur, le château fort du Moyen-âge, mais comme une structure défensive permettant à une petite communauté de quelques familles de se protéger, ainsi que son bétail composé essentiellement de bovins.

Dans le cas du Staigue Stone Fort, il existerait des traces d'extraction minière du cuivre à proximité. L'endroit aurait donc pu être aussi un lieu d'artisanat.


[1] Matthew Stout « The Ringfort Irish ». Dublin, 1997. Cité par Wikipédia en anglais.

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