Un espoir pour la renaissance de la ville – Malheureusement sans suite

 

Irlande Limerick Patrick Streat

Début juillet, à l’entrée de l’artère principale de Limerick, la Patrick Street, un rez-de-chaussée d’immeuble est décoré d’une immense peinture multicolore proclamant « CULTURE IS WHERE WE ARE » (la culture est là où nous sommes). C’est que la ville de Limerick a déposé sa candidature au titre de « capitale européenne de la culture 2020 ».

Depuis 30 ans, l'Union Européenne désigne chaque année une ou plusieurs villes en tant que « Capitale européenne de la Culture ». C’est sur l’initiative de Mélina Mercouri[1], alors ministre grecque de la Culture, qu’est née cette manifestation mise en œuvre par l’Union Européenne. Elle a pour « objectif de rendre accessible au public, local ou visiteur, des aspects remarquables de la ville, de la région et du pays, en promouvant des événements associant des acteurs culturels d’autres villes en Europe ». A partir de 2005, il a été décidé qu’il reviendra chaque année à un Etat membre, à tour de rôle, d’abriter la capitale européenne de la culture et, depuis 2009, deux villes se partagent le label : l’une issue d’un « ancien » Etat membre, l’autre d’un « nouveau ». L’Etat propose alors une ou plusieurs villes candidates, quatre années avant la manifestation. Un jury d’experts issus des milieux culturels évalue les candidatures en fonction de critères qui comprennent notamment la valorisation de courants culturels européens auxquels la ville candidate a contribué, ou encore les projets de coopérations culturelles entre villes européennes. Sur la base de ce rapport, la décision finale est prise par le Conseil. Pour 2020, année de l’Irlande, le gouvernement irlandais a donc présenté à l’Union européenne, en 2016, trois candidatures : Galway, Limerick et les trois villes sœurs Waterford, Wexford et Kilkenny.

Limerick est la troisième agglomération irlandaise par la population avec 90 000 habitants. La ville présente un aspect curieux mêlant logements anciens, immeubles décrépis, résidences récentes, tours modernes de bureau, centres commerciaux clinquants et magasins à la mode. Une espèce d’entre-deux où l’on ne sait pas très bien si c’est la déprime ou l’expansion. De fait, il semble que buildings et gratte-ciels y ont poussé comme champignons sous la rosée dans la période du  « boom économique » des années 1990 et 2000, le tout s’étant brutalement arrêté avec l’éclatement de la bulle immobilière en 2008 entraînant la fermeture d’entreprises dans la région, 2 000 suppressions d’emplois à l’usine Dell (2009), 100 chez Flextronic (sous-traitant de Dell), 500 à l’usine Andersen Ireland (fabrication de bijoux)… Limerick est alors durement frappée : le taux de chômage y dépasse 28 %, le double de la moyenne nationale, dans certains quartiers ce taux atteint 40 %, voire 55 %.

L’Irlande est sortie du programme « d’aide » UE-FMI en décembre 2013. Depuis, l’économie irlandaise a manifestement connu un redémarrage économique avec une croissance du PIB de + 5,2% en 2014 et + 7,8% en 2015 ; la prévision pour 2016 est de + 4,8%. Le chômage baisse mais reste à un niveau élevé, 8,9% en novembre 2015[2]. Limerick et sa région semblent bénéficier de cette reprise avec l’implantation prévue de nouvelles entreprises comme  Northern Trust (gestion d’actifs) ou l’extension d’activités pour IOPS (biotechnologies). En 2014, la ville avait obtenu le titre « Irish National City » de la Culture. On peut imaginer que l’obtention du label « capitale européenne de la culture 2020 » participerait à développer le profil international de Limerick et de sa région, de mettre en place un programme d’activités culturelles, d’attirer des visiteurs et de redynamiser la cité, tant d’un point de vue économique que social et culturel.

Patatras, le 15 juillet dernier, le Conseil de l’Union Européenne a nommé Galway capitale européenne de la culture 2020 ! A ce sujet, je ne suis pas très sûr que le slogan qui avait été retenu par Limerick, « la culture est là où nous sommes », était bien choisi car la culture est aussi dans le contact avec l’autre. De plus il était certainement contre-productif car l’un des objectifs majeurs de l’UE dans ce programme est de développer des relations culturelles entre villes européennes !


[1] Mélina Mercouri, 1920 / 1994, est une actrice, chanteuse et femme politique grecque.