Fin tragique du Génie des Carpates – Et fin des utopies ?

 

Tchad Procès des Ceausescu

C’est en arrivant à Paris que j’apprends que le « Génie des Carpates », le « Danube de la pensée » s’est fait chahuter, deux jours plus tôt, au balcon du siège du Parti Communiste Roumain et qu’il est en fuite. 

Le 17 décembre, Ceausescu avait ordonné aux forces armées et à la Securitate d'ouvrir le feu sur les manifestants de la ville de Timisoara. Les Roumains et le monde occidental apprenaient, horrifiés, que ses sbires s’étaient livrés à des massacres sur la population civile. Les cadavres étaient exhumés, photographiés [1], filmés, les images expédiées aux quatre coins du monde - sans atteindre toutefois le Tchad ! 

Ceausescu avait ensuite fait organiser, le 21 décembre, un rassemblement de masse pour confirmer le soutien populaire à son régime mais la manifestation, diffusée en direct à la télévision, s’est transformée progressivement en une démonstration de protestation. Huit à dix minutes après le début de son discours la foule s’est mise à siffler et à le huer. Ceausescu, étonné, avait interrompu alors sa harangue et la transmission télévisée avait été coupée. 

Le lendemain, alors que nous clôturions notre séminaire, les manifestants envahissaient le palais du Comité Central où s’étaient réfugiés Nicolae Ceausescu et sa femme Helena. Journalistes de radios et de télévisions des pays occidentaux avaient alors pisté, heure par heure, la fuite des Ceausescu. Départ en hélicoptère lequel s’était posé à Târgovişte, à une centaine de kilomètres de Bucarest, au motif qu’il n’y avait plus d’essence. Abandonnés par l’équipage de l’hélicoptère, accompagnés seulement d’un garde du corps, les Ceausescu décidaient alors de se rendre au combinat d’aciers spéciaux de Târgovişte en empruntant un véhicule avec l’idée de « parler au peuple » dans le fol espoir de retourner la situation en leur faveur. Toutefois les ouvriers du combinat n’étaient pas les fidèles soutient du régime qu’imaginaient le dictateur et son épouse, ils étaient en grève et, reconnaissant Ceausescu, jettaient des tuyaux et des barres de fer sur le véhicule. 

Désemparés, les Ceausescu acceptaient de se rendre au comité local du parti mais, devant le local, entourés par une foule menaçante, ils forçaient le chauffeur à repartir abandonnant là leur garde du corps. Ils se réfugiaient quelques kilomètres plus loin dans le centre de protection des végétaux. Ils étaient alors pris en charge par deux miliciens qui semblent avoir hésité entre assurer leur protection ou les faire prisonnier. Suite à l’annonce à la radio que la milice se ralliait à la révolution, ils se décidaient finalement à conduire les Ceausescu au siège de la milice. 

Finalement, récupérés par l’armée, Nicolae Ceausescu et sa femme Helena étaient amenés dans une caserne de Târgovişte, près de la gare, où ils seront fusillés le 25 décembre après un jugement des plus sommaires. 

Encore un domino qui tombe. Les pays européens du « socialisme réel » se sont effondrés en quelques semaines. Mais plus grave que la disparition de ces régimes qui n’avaient plus de communistes que le nom, c’est l’utopie d’un monde meilleur qu’ils emportent.

 

Montpellier, janvier / octobre 1995.

Complété à Senlis, décembre 2016.


[1] Cadavres dont on apprendra, mais longtemps après, qu’ils n’étaient pas nécessairement les victimes de la Securitate !

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