San Carlo al Corso - Une crypte d'église transformée en boite de nuit ! - La pratique religieuse en Italie

 

Rome Corso San Carlo al Corso

 « En avançant dans le Cours, on trouve à droite la grande église de Saint Charles qui n’est remarquable que par sa masse et sa coupole à double calotte »[1].

San Carlo al Corso est l'église nationale des Lombards. Commencée en 1612, la façade est lourde et sans grâce, l’intérieur très chargé. La nouveauté du projet était le choix d’un grand déambulatoire derrière l'autel, délibérément inspiré par l'architecture de la cathédrale de Milan. Seul élément remarquable, le Dôme (1668), construit sur les plans de Pierre de Cortone. C’est une coupole élégante, ovoïde, dont le très haut tambour agrémentée de hautes fenêtres rectangulaires, encadrées de colonnes de travertin, repose sur une console circulaire de travertin décorée d’oculi ovales.

Juste avant d’arriver à l’église, sur sa gauche, s’ouvre une ruelle : le vicolo del Grottino. Au n°3B vous trouverez la porte d’une nouvelle boite de nuit située dans la crypte de l’église, le « GP2 » pour « Centro Giovanile Giovani-Paolo II » !

La crypte de l’église est donc devenue en 2010 un lieu de rencontre suite à l’initiative du père Maurizio Mirilli, chef de la pastorale des jeunes dans l'Église catholique de Rome, dédié aux jeunes romains comme aux jeunes étrangers.

« Au cœur d'une ville déjà riche en lieux de divertissement offres et culturel, manquait un espace où les jeunes chrétiens pourraient exprimer leur créativité et leurs talents ».

Le Cercle GP2 est un espace multimédia où peuvent avoir lieu des expositions d'arts, de peintures, de photographies, des séances de cinéma, mais où l’on peut aussi écouter de la musique. C’est un café ouvert tous les jours de 19h00 à minuit où l’on peut boire une bière, un verre de vin et danser.

Que l’église catholique utilise ses locaux pour s’ouvrir au monde d’aujourd’hui et notamment aux jeunes est une initiative sympathique, bien qu’à mon avis assez désespérée. Seuls 15% des jeunes italiens de 18 et 29 ans se déclarent catholiques pratiquants (contre 18% en 2004), c’est à dire beaucoup moins que la moyenne des Italiens. 30 % des Italiens tous âges confondus affirment assister à la messe tous les dimanches (60% dans les années 50), 20 % disent y aller une à trois fois par mois et 30 % déclarent s'y rendre à Noël, à Pâques et aux grandes fêtes (en France, les gens qui affirment aller à la messe tous les dimanches représentent moins de 5 % de la population). Le public du GP2 est donc certainement beaucoup plus jeune que celui qui hante les travées de l’étage au-dessus.

Malgré un effritement de la pratique religieuse, l’église catholique italienne présente encore de beaux restes grâce notamment au concordat signé entre l’Etat italien et le Vatican, en 1929, avec les accords du Latran. Certes, l’accord de la « Villa Madame » de 1984 modifiant les accords du Latran a supprimé le salaire versé par l’Etat à tous les prêtres catholiques mais, en contrepartie, chaque contribuable italien doit verser 0,8% de ses impôts sur le revenu au profit d’une communauté religieuse de son choix. Il n’est pas possible d’y échapper, même en se déclarant athée ; si le contribuable ne choisit pas de bénéficiaire, son montant est divisé en proportion de ceux qui l’ont fait. Si plus de 50% de la population n’a pas fait de choix, in fine, 98% des 0,8% prélevés est destiné à l’église catholique italienne !

Mais il n’y a pas que les questions d’argent qui donnent à l’église italienne de beaux restes. La séparation de l’Eglise et de l’Etat, marquée dans la constitution de 1948 (« article 7 :L'État et l'Église catholique sont, chacun dans son propre ordre, indépendants et souverains »), s’exprime assez différemment en Italie en regard de celle connue en France. Avec une contribution spécifique pour les communautés religieuses perçue par l’Etat comme on l’a vu, mais aussi par une délégation de certains services publics comme ceux de l’Etat civil par exemple. En Italie, le mariage peut n’être célébré qu’à l’église, auquel cas c’est le prêtre qui enregistre l’acte et transmet l’original au service concerné de la municipalité ! Cela ne correspond pas à la vision française de la laïcité.