Un escalier miraculeux -  Eternité et indulgences

 

Rome Monti Scala Santa 2

 « Il reste à voir dans le voisinage, la Scala Santa, petit édifice passable au dehors, vilain au-dedans »[1].

La Scala Santa, ou « Saint-Escalier », proviendrait du palais de Ponce Pilate, à Jérusalem, où il faisait partie du tribunal. Le jour du Vendredi Saint de l'an 29, fut prononcé la sentence de mort contre Jésus-Christ et c'est par cet escalier qu’il serait passé à plusieurs reprises, après la flagellation et le couronnement d'épines, marquant de sang les marches de l’escalier.

L’escalier est supposé avoir été apporté à Rome par Sainte-Hélène, mère de Constantin, en 326, et il fut inséré dans le palais du Latran, première demeure des papes à Rome. Celui-ci étant remanié, l’escalier de marbre fut démonté, en 1589, pour être intégré dans un bâtiment spécialement construit pour l’accueillir.

C’est un bâtiment simple, avec un premier niveau composé de cinq arcades et, au second niveau, de taille plus petite, de cinq fenêtres. Arcades et fenêtres sont encadrées de pilastres, et les deux niveaux sont séparés par un fort entablement. Le Saint Escalier est situé au centre du bâtiment, flanqué de part et d’autres de deux escaliers ordinaires. Les marches du Saint Escalier doivent être gravies à genoux, chacune étant recouverte d’une planche de noyer afin de protéger les marches sur lesquelles Jésus aurait posé les pieds.

En 1893, le pape Léon XIII accorda aux fidèles qui montent les marches de la Scala Santa à genoux, « avec un cœur contrit, en priant et en méditant sur la Passion du Seigneur », une indulgence de trois cents jours pour chaque marche montée. Comme il y a 28 marches, cela vous fait gagner 23 ans à chaque montée d’escalier. Une paille dans l’éternité. Précision : cette indulgence n’est applicable que pour les âmes du Purgatoire, celles de l’Enfer n’ont plus rien à gagner. Mais les différentes sources d’information se contredisent, certaines affirment que Pie VII, en 1800, avait accordé 9 années d’indulgence par marche… soit 252 ans par montée d’escalier, ce qui est quand même plus intéressant car l’éternité, par définition, ça dure longtemps !

Par les escaliers latéraux, les esprits qui ne sont pas pressés de rejoindre le paradis, peuvent accéder à la Sancta Sanctorum, la chapelle particulière des papes dans le palais du Latran depuis Nicolas III, en 1278. Elle aurait été auparavant la chapelle de Fausta, la femme de Constantin. Nicolas III aurait fait déposer sous l'autel quatre caisses en cyprès qu'il aurait fait remplir de reliques de saints[2]. La chapelle contient de nombreuses reliques dont une icône du Christ dite « acheiropoïète », c'est-à-dire non faite par la main de l’homme. D'après la tradition, elle aurait été commencée par Saint-Luc et les Anges l'auraient achevée. La seule chose à peu près sûre, c’est qu’elle aurait été apportée de Constantinople à Rome, au VIIIe siècle, pour la soustraire aux « iconoclastes » lesquels détruisaient icônes et images en application des préceptes de la Bible[3].

Aujourd’hui la Sancta Sanctorum peut être ouverte au commun des mortels, mais sur réservation, et le samedi matin uniquement…

« On trouve, sur la façade latérale du petit bâtiment de la Scala Santa, vers la route de Naples, une mosaïques célèbre qui remonte à Saint Léon III. J’avoue que je n’y vois rien que de médiocre ; en revanche, la vue dont on jouit de ce lieu est admirable. C’est un paysage du Poussin : une campagne magnifique et sérieuse, ornée de ces ruines grandioses que l’on ne rencontre que dans les environs de Rome »[4].

Hélas, on a beaucoup construit depuis et le paysage du Poussin à disparu.


[1] Charles De Brosses. Lettres d’Italie. 1740.

[2] Victor-Alfred Dumax (Abbé). « Rome durant le carême, la semaine sainte et les fêtes de Pâques, correspondance d'un pèlerin, extraits d'un journal de voyage ». 1859.

[3] « Tu ne te feras point d’image taillée, ni de représentation quelconque des choses qui sont en haut dans les cieux, qui sont en bas sur la terre, et qui sont dans les eaux plus bas que la terre. Tu ne te prosterneras point devant elles, et tu ne les serviras point ».