25 janvier 2017

Rome, étrange et curieuse (12/17). Rione Pigna – 11/ Le poussin de la Minerve – Piazza Minerva.

Un très curieux monument - Issu de l'imagination d'un romancier

 

Rome Pigna Piazza Minerva 2

Sur la place de la Minerve est dressé un des monuments les plus curieux de Rome : un petit éléphant de marbre portant sur son dos un obélisque ! Bien qu’étrange et culminant néanmoins à une douzaine de mètres au dessus du sol, l’ensemble avait jusqu’alors tendance à passer inaperçu au milieu des automobiles qui utilisaient autrefois la place comme parking. Les nouvelles règles de circulation dans Rome ont libéré le petit éléphant qui se retrouve maintenant bien isolé sur la place.

L’obélisque est le plus petit de Rome : un peu plus de cinq mètres. Il fut découvert en 1665 par les moines dominicains dans les jardins de l'église de Santa Maria Sopra Minerva bâtie à l'emplacement d'un temple antique dédié à Minerve. C’est un petit monolithe de granit rouge qui avait été érigé dans la ville de Saïs par le pharaon Apriès (VI° siècle avant JC), puis envoyé à Rome pour y être dressé sur le champ de mars devant les propylées des temples d’Isis et Sérapis. En 1667, le pape Alexandre VII Chigi (1655 / 1667) décide de placer l'obélisque devant l’église et confie le projet à l'architecte dominicain Domenico Paglia. Celui-ci imagine un socle orné de six collines (lesquelles composent les armoiries de la famille Chigi) avec, à chaque angle, un chien, symbole des Dominicains (le terme Dominicains - dominicanes en latin, peut s’entendre domini canes, soit « les chiens du Seigneur » !).

Alexandre VII ne trouvant pas ce projet à son goût fait appel à son artiste préféré, le Bernin. L'artiste s'inspire alors d’un best-seller de l’époque, tant en Italie qu’en France, « Hypnerotomachia Poliphili »[1], attribué généralement à l’architecte Francesco Colonna. Le héros, Poliphile, rêve de celle qu'il aime, Polia, qui est indifférente à ses avances. Il effectue en songe un voyage initiatique qui le conduira à Cythère en traversant un pays agrémenté de nombreux monuments antiques qui sont abondamment décrits. Il croise notamment un « grand éléphant de pierre noire, étincelée de paillettes d’or et d’argent, en manière de poudre semée par-dessus » portant un obélisque sur une couverture de cuir liée par deux sangles sous le ventre. L’obélisque est « de pierre macédonienne verte (…) en la sommité estoit fichée une boule de matière claire et transparente »[2].

C’est un des élèves du Bernin, Ercole Ferrata, qui réalise la sculpture très inspirée de la gravure qui orne l’ouvrage original. Afin d'éviter que le vide entre les pattes de l’animal ne mette en péril l’ouvrage, l’espace entre le socle, le ventre et les pattes de l'éléphant est plein, masqué par le tapis de selle ouvragé qui pend jusqu’au socle.

La sculpture présente néanmoins quelques différences avec la description qui est faite dans le livre. La taille tout d’abord, plus petite, puisque Colonna imagine « qu’on pouvoit aysement monter et aller à travers cette machine creuse ». La couleur ensuite, puisque l’éléphant est de marbre blanc et l’obélisque rosé. Dernier détail, l’obélisque n’est pas surmonté d’une boule de matière claire et transparente mais bien évidemment d’une croix !

L'inscription du socle célèbre la puissance de l'intelligence capable de soutenir le poids du savoir, figuré par l'obélisque.

« Celui qui voit les inscriptions de la sage Égypte gravées sur l'obélisque au-dessus de l'éléphant comprendra que c'est vraiment un esprit robuste qui soutient une solide sagesse ».

Les Romains ont baptisé l'éléphant de la Piazza della Minerva, « Il pulcino della Minerva » : « le poussin de la Minerve ». Etrange… comment d’un éléphant est-on passé à un poussin ? Certes l’éléphant a une bonne bouille et, s’il est plutôt rondouillard, ne se confond pas néanmoins avec un poussin duveteux. Comme notre éléphant était plutôt replet, les Romains auraient commencé par l’appeler « Porcino della Minerva » mais, en dialecte romain « pulcino », se prononçant « purcino », il y aurait eu une dérive des porcins vers les gallinacés.


[1] Francesco Colonna. « Discours du songe de Poliphile, Combat d'amour en songe ». 1467. Publié à Venise en 1499, ce livre fut une des premiers ouvrages imprimé en Italie.


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