27 janvier 2017

Rome, étrange et curieuse (13/17). Rione Pigna. 12/ Les madonelles.

Sur la façade du palais Doria-Pamphili ou le mur des thermes d’Agrippa - La manifestation des « madonelles »

 

Rome Pigna madonelle

En vous promenant dans Rome, vous rencontrerez nombre de « madonelles ». Une « madonelle » est un petit oratoire, généralement placé en hauteur sur la façade d’un immeuble. Elle peut prendre la forme d’une plaque, d’une sculpture, d’une mosaïque, d’une statue ou d’une toile peinte et représentant le plus souvent une madone, d’où son nom, même s’il existe des madonelles représentant le Christ ou un saint. Il y en aurait encore 637 dans Rome même si nombre d’entre elles ont disparu. Elles sont souvent dans un renfoncement ou protégées par un petit auvent et sont parfois accompagnées d’une veilleuse.

Via del Corso Vittorio Emanuele, sur la façade du palais Doria Pamphili érigée en 1743, trône une imposante « madonelle ». Ici, c’est une toile peinte, de forme ovale, représentant une madone, en buste, les mains jointes. Des draperies vaporeuses, en stuc, l’entourent ainsi que des rayons de lumière. Un ange porte le cadre alors que des putti s’élèvent au dessus.

 Cette madonelle aurait été commandée par les locataires du palais après en avoir demandé l’autorisation, le 12 Juillet 1796, au prince Andrea IV Doria Pamphili[1]. C’est que, le 9 du même mois, de nombreuses madonelles auraient connu des manifestations miraculeuses : mouvements oculaires, voire même pour certaines, des pleurs ! Ces miracles ont été attribués à la grande préoccupation de la Sainte Vierge pour la ville-sainte et les Etats-pontificaux : les armées de la nouvelle République française écrasant les Autrichiens et occupant progressivement le Piémont et la Lombardie au cours de la campagne d’Italie, menaçaient dorénavant la cité papale !

Trente-six madonelles de Rome se seraient mises à pleurer en 1796 ! Rien que ça ! La situation était sérieuse et préoccupante.

Non loin de là, dans le même rione de Rome, via dell’Arco della Ciambella, où peut encore se voir encore un grand pan de mur courbe de briques des thermes d’Agrippa, une fastueuse madonelle est adossée au pied droit d’un arc romain. Cette madone au rosaire était particulièrement vénérée parce qu’elle faisait partie des madonelles qui avaient manifesté leur inquiétude, en 1796, suite aux succès de l’armée française d’Italie. La madone avait détourné son regard ! La peinture actuelle est une copie de la fin du XIXe. Elle est placée dans un cadre de style Renaissance, protégée d’un baldaquin de bois et éclairée par deux luminaires.

Sur les 36 madonelles miraculeuses de 1796, il en subsisterait encore 22.

Pour un esprit rationnel et sceptique, peut-être un peu tordu comme celui d’un Français, cette manifestation des madonelles, en 1796, n’en est pas moins curieuse. En effet, je n’ai pas trouvé trace de faits similaires quand les troupes françaises occupèrent Rome en 1798 (à moins que le miracle de 1796 soit prémonitoire de l’occupation de 1798 ?), pas plus quand les Français investirent Rome en 1849 (mais il est vrai que c’était pour rétablir le pouvoir du pape contre les « révolutionnaires » mazziniens et garibaldiens : elles auraient donc dû sourire !). Pourtant, Rome et la papauté n’eurent pas à souffrir que des Français ! Pas de manifestation des madonelles quand les troupes royales italiennes annexèrent la Rome papale à l’Italie en 1870 ; rien non plus quand les nazis occupèrent Rome en 1943 ou déportèrent les juifs du ghetto. Faut-il en conclure que, pour la Madone (comme pour la papauté d’ailleurs), l’ennemi c’était d’abord la Révolution française ?

Allons, ne soyons pas mesquins, elles sont adorables ces madonelles. Elles continuent la tradition antique des autels élevés aux dieux Lares[2]. Elles sont aussi l’expression du culte populaire voué à Marie, mère du Christ, ce qui n’est pas sans faire penser à une résurgence moderne des cultes du paléolithique à la déesse-mère ! Permanences et changements…


[1] Voir le très beau site Roma Segreta.

[2] Les Lares et les Pénates étaient les gardiens du foyer, esprits des ancêtres qui veillaient sur la destinée de la famille et sur la maison.

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