Concurrence entre maîtresse et servante - Attentat contre Saint Dominique - Evolutions dans la représentation de la crucifixion ?

 

Rome Ripa Aventin Santa Sabina

Santa Sabina est l’une des plus anciennes églises de Rome et elle permet de rendre compte de l’architecture chrétienne des premiers siècles. L’édifice fut consacré en 432. Elle est l’œuvre du prêtre illyrien, Pierre, qui la construisit sur les ruines légendaires de la maison de Sainte-Sabine.

Sous l’empereur Adrien, Sabine aurait été initiée à la foi chrétienne par sa servante laquelle fut martyrisée. Sabine en recueillit les reliques pour les ensevelir. Elle fut à son tour arrêtée et condamnée à la peine capitale, puis ensevelie dans le même tombeau que sa servante. A noter, que c’est la maîtresse que l’on honore comme sainte, pas la servante ! Hum…

L’église est construite selon un plan basilical classique, rectangulaire, avec un vaisseau central surélevé, terminé par une abside semi-circulaire, encadrés de bas-côtés séparés de la nef par des colonnes. La nef comprend deux rangées de douze colonnes corinthiennes, cannelées, en marbre de Paros, lesquelles proviendraient d'un temple antique qui s'élevait à proximité. Quoi de plus simple que de se servir dans les antiquités qui trainaient un peu partout. Pour la première fois dans l’architecture des basiliques, semble-t-il, les colonnes soutiennent des arcs et non des entablements droits. A chaque arc correspond, au niveau supérieur de la nef, une fenêtre cintrée ; l’ensemble est donc extrêmement lumineux.

A gauche de l’entrée, une pierre noire, ronde, est posée sur une colonne à spirales, c’est la « Lapis Diaboli », la « pierre du diable ». Saint-Dominique venait se recueillir près de cette colonne pour prier. La pierre serait celle que le diable aurait lancé contre le saint mais, évidemment, la pierre fut détournée miraculeusement et brisa une des plaques de marbre du pavage.

« On allait voir, dans la charmante église de Sainte Sabine (du mont Aventin), une grosse pierre que le diable lança du haut de la voûte à Saint Dominique pour l’écraser ; mais la pierre fut détournée et le saint miraculeusement garanti. Ce récit pourrait bien cacher une tentative d’assassinat »[1].

Les esprits matérialistes ont, eux, une toute autre explication bien sûr. La plaque de marbre aurait été cassée par Domenico Fontana lui-même pendant les travaux de décoration de l'église. Vous pouvez choisir l’explication qui vous sied le mieux. Elles sont toutes deux assez fantastiques pour faire rêver. La plaque cassée est aujourd'hui visible au centre du chœur.

Santa Sabina fut restaurée en 824, puis en 1216 en la fortifiant avec des murs et des tours, en 1238, en 1285, puis enfin en 1587. Sixte Quint Peretti (1585 / 1590) fit transformer l'intérieur de la basilique par Domenico Fontana en y adjoignant des décorations dans le style de la contre-réforme et en faisant fermer vingt de ses fenêtres en application des recommandations du Concile de Trente de « supprimer l'importante luminosité peu propice à laméditation des âmes » ! Il ne reste rien de la décoration en mosaïque qui enrichissait l'abside et qui a été remplacée par des fresques de Taddeo Zuccari (1529 / 1566, le frère ainé de Federico Zuccari, le propriétaire du palais du même nom).

La dernière restauration, dans les années 1930, permit de rouvrir les fenêtres et de redonner à l’église toute sa luminosité.

L’église est aussi connue pour les portes en bois de cyprès sculpté qui séparent le narthex de la basilique. Elles remontent à la fondation du monument et seraient d’origine orientale. Elles sont décorées par une série de panneaux reproduisant les scènes de l’Ancien et du Nouveau Testament avec notamment la plus ancienne représentation connue de la crucifixion. Elle est d’ailleurs très singulière cette crucifixion : le Christ est entouré des deux larrons mais les croix ne sont pas franchement représentées, mais plutôt suggérées par les bras ouverts des trois personnages, enfin, le Christ a les yeux grands ouverts et ne paraît pas souffrir. Cette représentation est intéressante car elle montre que la vision d’un Christ souffrant pour le rachat des hommes (soulignant que le salut ne s’acquiert que par la souffrance) est peut-être assez récente.