Une région historiquement différente – Une organisation particulière des villages

 

Tchéquie Chodsko Domažlice 2

La barrière naturelle des montagnes de Bohême n’avait pas empêché les populations allemandes de la franchir et de s’implanter sur leur flanc Est, dans la région dite des Sudètes. Or, aussi curieux que cela puisse paraître, le seul endroit où la limite linguistique a continué de correspondre à la barrière naturelle c’est précisément à l’endroit le plus commode pour circuler, le col de Folmava ! C’est que la région est habitée par une population slave, les Chods (prononcez Kod) qui se rattache à celle des Tchèques de Bohème. Au Moyen-âge les paysans du Chodsko vivaient dans des fermes fortifiées et exerçaient le service de gardes des frontières contre l’obtention de privilèges[1].

La petite région du Chodsko, demeurée très majoritairement slave, a néanmoins connu des occupations diverses, bavaroise au XIVe siècle, autrichienne de 1867 à 1918 et bien sûr allemande de 1938 à 1945. Suite aux accords de Munich de 1938 laissant les Nazis occuper les Sudètes et procurant à Léon Blum un « lâche soulagement », le Chodsko a été intégré au Protectorat de Bohême et de Moravie et non au Reich comme le furent les Sudètes. Pas sûr que les habitants en « bénéficièrent » car le « Reich-protecteur » de Bohême-Moravie était le boucher Reinhard Heydrich. D’ailleurs 149 habitants de Domažlice furent déportés au camp de concentration de Flossenbürg lors des fêtes de Pâques de 1940. Domažlice était finalement libérée le 5 mai 1945 par la 3e armée du général Patton. En 2005, un charnier de 54 personnes était découvert en périphérie de la ville, principalement des membres locaux des Sections d’Assaut nazies, exécutés par la résistance tchèque en 45. On pourrait penser que cette période est de l’histoire ancienne, désormais oubliée et close, et bien non, en 2002, le parlement autrichien demandait encore la suppression des décrets de 1945 du président tchèque Bénes consacrant l’expropriation des biens des Allemands et Autrichiens des Sudètes afin que leurs descendants puissent aujourd’hui les récupérer ! Les Autrichiens ont-ils tout compris ? Pas sûr.

« Les villages (chodes - Note de AM) sont en longueur et alignent leur double rangée de maisons au long d'une seule rue aussi large qu'une place que suit le cours d'une rivière. Le double alignement des maisons est parfois fermé à l'entrée et à la sortie de la longue place par des portes-barrières. Au milieu de cet espace central, s'élèvent quelques bâtiments qui ne rentrent pas dans la ligne des maisons : ce sont l'église, l'école, la remise des pompiers... »[2].

La place-rue est bordée de maisons gothiques et Renaissance, orientées perpendiculairement à la place, leurs pignons faisant façade. Les pignons sont généralement plus récents, baroques ou rococo. La partie basse comprend des arcades sous lesquelles sont situés des commerces. Au centre de la place, l'église de la Nativité-de-la-Vierge-Marie date de la fin du XIIIe siècle. Elle a été baroquisée et présente un autel qui sort de l’ordinaire. Si la partie basse est bien réelle, dorée et tarabiscotée à souhait, les parties médiane et haute sont une peinture en trompe l’œil sur le mur du fond formant un immense dais, supporté par de fausses colonnes torses, couronnant la statue de la vierge laquelle dominait la partie basse. Des statues d’anges, plaquées au mur, s’entremêlent avec d’autres statues qui elles sont peintes ! C’est un véritable décor de théâtre.

Enfin, à côté de l’église la tour, autrefois tour municipale de guet, est devenue le clocher de l'église. C’est une petite tour de Pise car elle penche de 60 cm sur son axe. Autant dire que c’est imperceptible à l’œil nu.

« Ce dont je voudrais rendre compte, c’est d’une constitution non tragique de la limite, c’est d’un paysage de seuils et de transition, ce sont de lignes devenues aujourd’hui toutes franchissables, mais à l’intérieur desquelles l’existence, malgré un énorme brassage dissolvant, continue de se dérouler selon une inflexion singulière dont les marqueurs sont subtils et nombreux »[3].


[1] Radio Praha. « Une visite de la région de Domažlice ». 2000.

[2] Deffontaines P. « Les Chodes, dans le Böhmerwald ». In « Bulletin de l'Association de géographes français ». N°59. Mai 1932.

[3] Jean-Christophe Bailly. « Le Dépaysement – Voyages en France ». 2011.

Liste des articles sur quelques villes du sud de la Bohême.

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