Les Hussites de Tábor - Les knedliky, une affaire de famille

 

Tchéquie Červená Lhota

Au lendemain de la Révolution de velours, un ami pragois nous avait invité, un dimanche après-midi, à aller rendre visite à ses parents dans un petit village de la région de Tábor.

La ville de Tábor, fondée en 1420, a joué un certain rôle dans l’histoire de la Tchécoslovaquie. Elle tire son nom de celui d’une montagne de Palestine où la bible situe la transfiguration du Christ. De fait, à sa création, la ville était destinée à abriter une communauté hussite vivant selon les règles de la pauvreté évangélique. Le hussitisme est un mouvement religieux inspiré par le théologien Jan Hus qui prêchait, au début du XVe siècle, une réforme de l’Église, l’humilité et la pauvreté. Les hussites se diviseront par la suite en deux groupes : les « libéraux » Utraquistes et les « radicaux » Taborites, issus notamment de la ville de Tábor.

Les Hussites de Tábor formèrent une caste militaire puissante, régulant la vie de la cité. Les Taborites  seront finalement vaincus à la bataille de Lipany, en 1434, par les Hussites modérés alliés aux catholiques.

Non loin de Tábor s’élève le château de Červená Lhota. D’origine gothique, le château a été reconstruit en style Renaissance entre 1542 / 1555 et agrandi par Giovanni de Spacia (dit Hons Vlach), l'architecte probable du Belvédère de Prague. C’est à cette période qu’il aurait été entouré d’un lac. A l’intérieur sont présentés des collections de meubles historiques et des poêles en faïence.

Les parents de notre ami habitent une petite maison rurale, précédée d’un jardinet, et composée de deux grandes pièces. L’une, la cuisine, comporte une cheminée et une grande table de bois, l’autre, la chambre, possède un poêle de faïence et plusieurs lits couverts de couettes rebondies comme dans les illustrations de contes d'Europe centrale. Nous sommes reçus avec les plus grands honneurs, l’oncle ne manquant pas de nous réciter, en français, une poésie qu’il avait apprise enfant et de compter jusqu’à dix. Pour le reste, il a tout oublié de son apprentissage de la langue française.

La maman de notre ami nous a préparé les inévitables knedliky accompagnés d’une viande de sanglier en sauce. Le knedlík est la spécialité de base de la cuisine tchèque, l’équivalent des pâtes pour un italien, des pommes frites pour un français, des klöss pour un allemand, de la semoule pour un arabe, en un mot le B.A. BA de l’alimentation locale. Le knedlík est une sorte de boudin de mie de pain, de farine, d’œufs, de levure, de croûtons rassis, de sel et d’eau.

« Le knedlík est hydrophile, sauçophile, graissophile. Plongez-le dans un milieu liquide, il s’en délecte, se gonfle, se dilate, se bouffit, s’avachit, se moellise, se moulligasse, s’attendrit, s’amollit, bref, s’abandonne sans pudeur comme une courtisane du siècle dernier dans les bras d’un prince russe »[1].

Comme pour le coucous, la choucroute ou le cassoulet, comme pour toutes les spécialités culinaires régionales, chaque famille tchèque possède sa propre recette du knedlík, ses secrets de fabrication, son tour de main, ses rites de dégustation, et le premier honneur à faire à un hôte étranger est de lui faire goûter ses knedliky maison. Hélas, n’ayant pas été sevrés aux knedliky, n’ayant pas toute une vie d’expériences diverses concernant la dégustation du knedlík, celui de la tante, de la grand-mère, de la petite amie, du restaurant de quartier, de la cantine de l’usine ou de l’université,nous sommes bien mauvais juges des saveurs particulières de ces knedliky là. Ils sont agréables certes, mais encore ? J’aurais même tendance à penser qu’ils sont d’autant plus appréciables que le sanglier en sauce est succulent.

Seule une longue fréquentation du knedlík nous permettrait de juger de ses saveurs de fruit rouge, de banane, de poivre. Ont-ils de la rondeur, de la jambe, que sais-je ? Les mots même me manquent, et ce sont ceux de la dégustation du vin qui me remontent en mémoire. Existe t-il des dégustations de knedliky ? Une université du knedlík ? Une confrérie du joyeux knedlík ? Je suis toutefois à peu près sûr qu’il ne doit pas manquer de chansons à boire pour accompagner la dégustation du knedlík, celui-ci attirant naturellement la bière comme le paratonnerre la foudre.

[1] Isabelle Knor. « Prague, avec toute ma tendresse ». 1999.

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