Un monument baroque – Une initiative d’origine espagnole

 

Tchéquie Telc Colonne mariale

Cet été là, nous sommes accueillis à Telč, sur la place Zachariáš-de-Hradec, par le « Diexieland jazz band » de Telč, une clarinette, une trompette, un trombone à coulisse, un tuba, une guitare, une contrebasse, un orgue électrique et une batterie, lequel Jazz-band joue pour les habitants et les rares touristes. Et, ma foi, cet orchestre amateur ne se débrouille pas plus mal, et même plutôt mieux, que les orchestres professionnels que nous avions pu entendre à La Nouvelle-Orléans et qui servaient leur soupe aux touristes américains manifestement pas trop exigeants sur la qualité du jazz servi.

La place Zachariáš-de-Hradec a été aménagée au Moyen-âge comme place de marché sur une langue de terre au milieu des marais lesquels étaient une défense naturelle de la ville.  Elle doit sa forme de trapèze allongé à l'embranchement de deux anciennes routes. Elle est ornée des deux côtés par les pignons des maisons qui la bordent, richement décorés de stucs, de sgraffites, et surmontés de frontons variés de style Renaissance ou baroque. Après l’incendie de 1530, les maisons érigées au Moyen-âge furent reconstruites en style Renaissance en conservant les caves gothiques ; les pignons étant éventuellement baroquisés par la suite. Les rez-de-chaussée, à arcades, permettent de faire le tour de la place à l’abri de la pluie ou du soleil.

La place de la ville est ornée d’une magnifique colonne baroque de la peste, ou colonne mariale, érigée en 1720. Elle est entourée à la base par six statues de saints, dont deux au moins étaient considérés comme protecteurs contre la peste, Saint-Roch et Saint-Sébastien. S’y ajoutent Saint-Jean-Népomucène, Saint François-Xavier, Saint Jacob et Sainte Rosalie. Enfin, dans le piédestal est représentée  Sainte-Marie-Madeleine. La colonne s’élance ensuite, en ondulant, avec une composition de nuages dans lesquels flottent des putti. Au sommet, le globe terrestre supporte la statue de la vierge Marie dans une attitude de contrapposto et dont les voiles de la robe flottent au vent.

La Bohême, comme les autres régions d’Europe, connut une succession d’épidémies de peste, 1350, 1380, certainement la plus terrible en Bohême, puis les siècles suivants en 1403 et 1414, 1582, 1715. La répétition de ces épidémies dont on ne connaissait ni l’origine, ni le mode de contamination, était considérée comme un fléau de dieu. Faute d’en connaître la cause, le seul recours était de considérer qu’il s’agissait d’un phénomène surnaturel, envoyé pour punition des péchés commis par les hommes, d’où peut-être la présence de Marie-Madeleine repentante dans la base de la colonne à Telč.

Ces colonnes de la peste, surmontées d’une statue de la vierge Marie, sont particulièrement nombreuses en Europe centrale, notamment en Bohême. Cette présence, outre qu’elle manifeste, la répétition de ces épidémies dans la région, est aussi la marque de l’influence espagnole en Bohême. En effet, quand Rodolphe II de Habsbourg (1552 / 1612), empereur des Romains, roi de Hongrie et roi de Bohême, petit-fils de Charles Quint, installe sa résidence impériale à Prague, outre qu’il fait venir de grands artistes à sa cour, participe au développement du culte marial très développé en Espagne.

L’église espagnole du XVIe siècle soulignait le rôle de Marie, mère de Dieu, dans la rédemption de l’Humanité et souhaitait faire reconnaître la conception immaculée de Marie par Rome. Marie était considérée comme la « nouvelle Eve », préservée du péché et de ses infâmes souillures, elle devenait la réparatrice de la faute originelle et pouvait donc jouer à ce titre un rôle actif dans le salut de l’Humanité. Avec cette proposition religieuse se jouait aussi une bataille politique : celle la place de la puissance espagnole dans la chrétienté, notamment contre la France et ses rois qualifiés de « fils aînés de l’église ». Il faudra toutefois attendre le milieu du XIXe siècle pour que le pape Pie IX (1846 / 1878) reconnaisse la conception immaculée de Marie et institue le culte Marial.

« Les colonnes de la peste qui sont ornées de statues de nombreux saints et patrons espagnols. Les colonnes mariales sont presque exclusivement une affaire espagnole. Le culte de l’Immaculée conception répandu en Europe est venu d’Espagne, de même que les confessionnaux et autres éléments rituels »[1]


[1] Pavel Štěpánek. Exposition « La Prague espagnole ». 2009.

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