Les super-héros ne sont pas une invention hollywoodienne – SuperHerakles en lutte contre la méchante hydre

 

Grèce Nauplie Lerne

A la sortie de Nauplie, en se dirigeant vers Tripolis, la route traverse une côte basse. Le rivage parait assez inhospitalier sous un ciel orageux et lourd et une mer bleu-nuit menaçante. Mais, sous un ciel ensoleillé, l’impression est toute différente, les terres sont plantées d’arbres fruitiers bien alignés, oliviers bien sûr mais aussi orangers, citronniers, pêchers, grenadiers. A Myloi, avant que la route ne grimpe dans une montagne pelée vers Tripolis, le rivage est ombragé, les quais occupés par quelques restaurants, et le clapotis de la mer est une douce musique reposante. Il n’en aurait toutefois pas toujours été ainsi si l’on en croit les chroniques locales !

La côte, arrosée par le fleuve Erasinos, réputé naître du lac Stymphale et réapparaître en Argolide après un long trajet souterrain, était dans l’antiquité un horrible marécage. Il faudra attendre le XIXe siècle pour que la plaine soit drainée et plantée. Cette zone fangeuse, nauséabonde, désolée, était dénommée Lerne. Et c’est à Lerne que le fameux Héraclès aurait sévi une seconde fois !

Eurysthée, le préfet de région, particulièrement satisfait de la première prestation de son mercenaire (parfois aussi appelé Hercule), l’aurait embauché une nouvelle fois pour débarrasser la région de Lerne d’un monstre, une hydre dit-on, une espèce de dragon à neuf têtes, au corps de serpent, au souffle pestilentiel, qui aurait hanté les marais d’après les dires de quelques illuminés locaux. Bien sûr, les médias régionaux et nationaux, et même internationaux, toujours à la recherche de sensationnel pour s’assurer des tirages plus élevés ou améliorer leurs taux d’audience, ont repris à loisir cette rumeur, à l’exemple de l’histoire de cet adolescent canadien qui aurait découvert une cité Maya inconnue en établissant une relations avec les constellations célestes ! Passons !

« La rumeur, dont la source première ne fut jamais découverte, sans que cela ait d’ailleurs une importance majeure à la lumière des incidents ultérieurs, ne tarda pas à parvenir à la presse, à la radio, à la télévision, et elle fait aussitôt dresser l’oreille des directeurs, de leurs adjoints et de leurs rédacteurs en chef, tous non seulement entraînés à flairer de loin les grands évènements de l’histoire du monde, mais aussi de les enfler chaque fois que cela leur convenait »[1].

Bref, toujours d’après les élucubrations des reporters locaux, à chaque fois qu’Héraclès tranchait une tête du monstre, deux repoussaient. Le mercenaire aurait alors fais brûler la forêt voisine et, à l’aide des tisons, aurait cautérisé les chairs afin d’éviter que les têtes ne repoussent !

Essayons de séparer le bon grain de l’ivraie[2] dans ces racontars rocambolesques. Des chroniques relatent que le petit royaume de Lerne refusait de devenir le vassal de celui de Mycènes. A Lerne, porte du royaume, il était défendu par une citadelle répondant au nom de « Hydre ». Héraclès et son armée auraient assailli la citadelle dont les défenseurs tombés au combat étaient remplacés progressivement par d’autres. Finalement Héraclès réussit à mettre le feu à la citadelle et à l’investir. Possible ! Mais, il n’est pas interdit de se demander, par exemple, dans quelle mesure ces histoires n’essayent pas de dédouaner des promoteurs immobiliers avides de construction dans un site forestier protégé ? Lerne offre un rivage agréable dans la baie de Nauplie, construire des résidences de vacances sur la colline, à deux pas du rivage, pourrait être une affaire juteuse. D’autres, moins bassement pragmatiques, y voient une transposition imagée de la lutte acharnée des Grecs anciens pour assécher le marais sans cesse menacé par de nouvelles sources. Dans tous les cas, les collines aux alentours sont toujours pelées à ce jour et il y a fort à parier que l’Union Européenne recevra bientôt une demande de subventions pour replanter des essences forestières… A condition que les associations de défense de l’environnement arrivent à geler toute autre utilisation des sols !

Aujourd’hui, Lerne ne fait plus parler d’elle, sinon par ses locations de vacances, son site préhistorique fréquenté du néolithique à la période mycénienne et, peut-être, par la qualité des quelques restaurants de son littoral. Quant à Héraclès, sa notoriété est désormais telle qu’il reçut une dizaine d’offres nationales, voire internationales, de contrats ! Son avenir semble assuré.


[1] José Saramago. « Les intermittences de la mort ». 2005.

[2] L’ivraie est une graminée qui pousse dans les champs de céréales et qui devait être arrachée à la main pour ne pas gâcher la récolte.

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