Un symbole de paix et de compétition au service de la fraternité ? – Une statuaire dynamique et nerveuse

 

Grèce Olympie Temple de Zeus

A Olympie, brille un chaud soleil printanier dans un ciel bleu parfaitement limpide. Olympie est charmante : moutonnement des collines, alignement de frêles colonnades, senteur des pins, énormes tambours des colonnes couchés sur un tendre gazon. C’est ici que l’olympisme est né faisant d’Olympie le symbole universel de la paix et de la compétition au service de la fraternité. Hum ! Symbole car, hélas, les réalisations modernes ne sont pas toujours à la hauteur de cet engagement moral. L’olympisme contemporain est progressivement devenu un enjeu politique (jeux de Berlin de 1936, de Moscou de 1980 ou de Los Angeles de 1984), un enjeu financier (retransmission télévisée des épreuves), un enjeu de célébrité (dopage).

Derrière les petits temples des Trésors des différentes cités grecques, sagement alignés, le petit mont Kronion où nous retrouvons nos jeunes enseignants d’Athènes qui y font du camping.

« ... dans le silence, des jurons éclataient : Sartre avait roulé sur les aiguilles de pin jusqu’en bas de la pente » [1].

Le sanctuaire était une concentration de chefs-d’œuvre du monde méditerranéen antique. La plupart ont disparu comme la statue de Zeus, en or et ivoire, qui fut probablement réalisée par Phidias entre 438 et 430 av. J.-C et qui était considérée comme une des sept merveilles du monde antique [2]. Pour construire sa statue aux dimensions de la cella du grand temple de Zeus, Phidias aurait exigé la construction d’un atelier aux dimensions identiques, atelier que l’on peut encore voir sur le site. Comme la statue d’Athéna Parthenos à Athènes, il s’agissait d’une composition d’éléments d’ivoire et d’or sur une âme de bois.

« Au dehors... c’est Zeus tout brillant d’or et d’ivoire ; mais regarde au-dedans : des leviers, des coins, des barres de fer, des clous qui traversent la machine de part en part ; des chevilles de la poix, de la poussière, maintes autres choses aussi choquantes à la vue, voilà ce que tu y trouveras » [3].

Les Jeux Olympiques furent célébrés à partir de 776 av. J.-C. Les Olympiades était une période de quatre années entre deux célébrations lesquelles, par leur importance et leur réputation, sont devenues une méthode de datation dans le monde grec. Compte-tenu de l’importance des jeux, une « Trêve olympique » fut instituée dans la Grèce antique. Cette trêve était instituée pour les différentes fêtes sportives grecques (Jeux isthmiques à Corinthe, jeux néméens à Némée, jeux pythiques à Delphes) et pas seulement pour les Jeux olympiques. Elle était annoncée officiellement en même temps que la date des jeux. Cette trêve était peut-être d’une durée variable, d'un à quatre mois, selon la localisation des jeux. Elle devait permettre aux athlètes, artistes, officiels, pèlerins et spectateurs et leurs familles de voyager en toute sécurité́. Si la trêve antique n’arrêtait toutefois pas les guerres, ce n’était qu’un cessez-le-feu pour une période bien déterminée, les Nations modernes seraient quand même bien inspirées de faire de même. Notre pauvre planète, et ses habitants, auraient bien besoin de respirer tranquillement de temps à autres.

A dire vrai, les ruines d’Olympie sont émouvantes mais peu spectaculaires. Mais le musée renferme des œuvres remarquables, l’Hermès de Praxitèle bien sûr, mais aussi une reconstitution des deux frontons du temple de Zeus. Le fronton ouest représente le combat entre les Lapithes [4] et les Centaures, il est remarquable par sa composition montrant comment les Grecs savaient utiliser un espace difficile : un fronton triangulaire de faible hauteur. Au centre, Apollon, en majesté, surplombant la mêlée, puis des scènes d’enlèvement des femmes Lapithes par les Centaures, et enfin, dans le coin bas, des femmes à terre. Les scènes d’enlèvement sont animées, dynamiques, les gestes des Centaures pour saisir les femmes et les attitudes des femmes pour se défendre sont réalistes, nerveuses, et font penser à la magnifique statue du rapt de Proserpine par Le Bernin.


[1] Simone de Beauvoir. «  La force de l'âge ». 1960.

[2] UNESCO. « Liste du patrimoine mondial – Site archéologique d’Olympie ».

[3] Lucien de Samosate. 125 - 192 av J.C.

[4] Dans la mythologie grecque, la tribu des Lapithes habitait le nord de la Thessalie. Après le massacre des centaures, les Lapithes furent condamnés à être roués ou démembrés éternellement.