Un hôtel à l’ambiance très particulière – Un chemin semé d’embûches

 

Vietnam adoption

Ayant appris qu’une collègue fonctionnaire du ministère de l’Agriculture est également présente à Hanoi dans l’objectif d’adopter un enfant vietnamien, nous décidons d’aller la rencontrer dans son hôtel afin de lui apporter le bonjour de ses amis toulousains, de connaître ses impressions sur le pays et de savoir comment se présente l’adoption de l’enfant ?

Son petit hôtel est situé non loin de l’orphelinat de Hanoi et semble s’être spécialisé dans l’accueil d’étrangers en instance d’adoption de bébés vietnamiens ! Ce sont en effet une bonne douzaine de couples occidentaux qui y logent. Il y a là notamment plusieurs jeunes couples français, soit qui viennent de faire leur demande d’adoption, soit qui viennent d’obtenir la garde d’un enfant, soit qui attendent d’obtenir toutes les autorisations pour pouvoir retourner en France avec l’enfant.

En 1995, le Vietnam serait l'une des quatre premières destinations pour les Occidentaux qui veulent adopter un enfant, après la Chine, la Corée du Sud et la Russie. Cette année, ce seraient plus de 1 500 enfants du Vietnam qui auraient été adoptés par des Occidentaux, dont 310 par les Américains et 1069 par les Français[1]. C’est que l’adoption apparaît particulièrement simple au Viêt-Nam, du moins en première analyse. Le cadre juridique de l’adoption au Viêt-Nam est certes celui de la Convention de La Haye du 29 mai 1993 sur la protection des enfants et la coopération en matière d’adoption internationale mais l’adoption peut être demandée par des couples mariés ou une personne célibataire. Si seuls les enfants placés dans un orphelinat créé légalement au Vietnam peuvent être adoptés par des étrangers, chacun peut contacter directement un de ces orphelinats pour demander d’adopter un enfant.

Si cela semble simple à priori, la réalité apparaît beaucoup plus compliquée. Certes, chacun peut contacter, librement et individuellement, l’orphelinat de son choix pour proposer d’adopter un de ces enfants mais, de fait, rien ne semble jamais définitivement acquis. Si l’on en croit les récits des couples de l’hôtel, à chaque nouvelle étape de l’adoption, un nouveau problème surgit : une autre autorisation à demander, une modification du règlement ou une interprétation différente de celui-ci. Lesquels problèmes sont toujours susceptibles de tout remettre en cause. Et, ce qui semblait des plus simples au départ exige en réalité des semaines, voire des mois de négociation, de démarches, de rencontres, de formalités diverses.

L’ambiance dans ce petit hôtel, au milieu de ces jeunes couples, est très particulière. C’est tout à la fois une ambiance de bonheur, de plénitude où chacun pouponne et s’émerveille des progrès réalisés par les nourrissons adoptés par les uns et les autres, mais aussi une ambiance de désespérance, d’abattement, d’impuissance face à la lenteur de l’administration vietnamienne et des nouveaux délais à respecter. Aussi, de table en table, les personnes se réconfortent-elles, se consolent-elles, s’encouragent, s’expliquent pour la centième fois les difficultés rencontrées, les succès obtenus, les stratégies à mettre en œuvre, les solutions possibles.

Finalement, après cette très longue et pénible épreuve initiatique, chacun repartira néanmoins avec son marmot. Seulement, le prix psychologique et humain en aura été beaucoup plus élevé qu’imaginé au départ[2].


[1] Complément 2016. En 1991, la France a adopté 65 enfants venant du Vietnam et, en 1994, 977. En 1996, ce nombre était de 1.393, en 1997, 1328 et en 1998, 1343. La part des enfants vietnamiens dans les adoptions en France était alors considérable (1/3 des adoptions internationales) ce qui était rendu possible par le fait que le Viêt-Nam acceptait les démarches individuelles.

[2] Un mien cousin, métis franco-vietnamien, a lui-même adopté une petite fille au Viêt-Nam dans les années 2000, après une période où toutes adoptions étaient devenues impossibles. Le Viêt-Nam est une affaire de famille.