Halong ou « la descente du dragon » - Une intense mais diverse activité portuaire

  

Vietnam Baie d'Halong Hon Gai

« Oui, plus d’une fois, je me suis demandé si les plus beaux sites du monde ne seraient pas ceux dont on rêve toujours sans en approcher jamais, et si, tout compte fait, la réalité est bonne à autre chose qu’à gâter les merveilleux panoramas que peint, pour nous seuls, notre fantaisie ».[1]

Halong ou « la descente du dragon », lequel dragon entailla profondément la montagne avec les mouvements de sa queue. Au premier abord, pas de réelle surprise. Films et photographies ont popularisé le site. Lieu connu et pourtant inconnu tant varient les paysages ; chaque passage du bateau entre deux pitons calcaires est l’occasion d’une nouvelle découverte, d’une autre perspective, à la fois semblable par les masses rocheuses et leur végétation, et changeante par les formes, les reliefs, le jeu des plans et arrière-plans. Impression d’avancer dans un labyrinthe infini, sans espoir de sortie, baies, lacs tranquilles, petits ports naturels, grottes, criques, plages minuscules, goulets, couloirs, tunnels, lagunes immenses...

Les parois des îlots sont  abruptes, marquées d’un étroit étranglement au-dessus du niveau de l’eau, les formes sont étranges dans lesquelles chaque peuple, chaque période, a recherché des ressemblances : poule, chien, doigt, pagode, animaux mythiques, pour qu’enfin on y découvre dernièrement le profil de François Mitterrand !

Mais le lieu n’est pas seulement singulier par les formes des éminences rocheuses, les méandres de la mer de Chine dans ces reliefs ruiniformes, il produit également une impression étrange par un certain aspect désertique et stérile. Peu de vie s’y manifeste : pas d’oiseaux, pas d’animaux sur ces pitons, une végétation d’arbustes rabougris accrochés aux parois, et de temps en temps, dans ce dédale, une barque de bambou tressé conduite par une femme couverte d’un chapeau conique ramant debout, ou une jonque de pêcheur glissant silencieusement. Plutôt que l’étrangeté des paysages auxquels nous étions plus ou moins préparés, la singularité est dans cet espace à la fois plein par le chaos rocheux qui le compose, et vide d’activités et de vie.

« ... la baie d’Along (...) ; des chicos noirâtres peuplés de singes criards qui trouaient une mer agitée par de mystérieux courants »[2].

Mais que sont devenus les singes criards ?

Hon Gay est le petit port de pêche d’où partent les bateaux pour la visite de la baie. C’est un imbroglio d’embarcations, canots, chalands, sampans, chaloupes, sur les ponts desquels se presse toute la famille dans quelques mètres carrés, venus pour vendre la pêche du jour, ou pour se ravitailler. Tout cela se mêle, s’interpelle d’une barque à l’autre, s’embrouille, se mélange, foisonne, déjeune sur les pontons, sommeille à l’ombre d’une voile, discute, crie. Près de l’embarcadère, le marché où les produits s’entassent à même le sol, citrons verts, pamplemousses, mangues, jacquiers, fruits du dragon vert, liserons d’eau, oignons, ou sur de frêles étalages bancals, des morceaux de viandes sanguinolents, du dentifrice, du savon ou des cuvettes en plastique.

« Le marché couvert est abrité des vents marins par un rocher énorme, un véritable mur qui, de ce côté-là, isole Hongay de la baie. (...) A vingt mètres de sa base on aperçoit, collée à lui comme un limaçon blanc, une pagode. Moins qu’une pagode, un pagodon ; moins qu’un pagodon, une coquille »[3].

Le petit pagodon est toujours là, écrasé par la masse formidable de la falaise. Entre le marché et le pagodon de la falaise, de nombreux immeubles ont été édifiés récemment. Curieusement, leur architecture et leur disposition font penser à la structure de la baie d’Halong : grandes masses oblongues aux parois abruptes, parfois groupées et tranchées par la gorge étroite de la rue, parfois séparées de plus ou moins vastes espaces libres. Les immeubles ont une façade exiguë sur la rue, juste l’espace d’une échoppe en rez-de-chaussée, mais ils s’étirent en hauteur sur trois ou quatre étages, et en profondeur, avec cours intérieures, traboules, portes et passages.


[1] Roland Dorgelès. « Sur la route mandarine ». 1925.

[2] Jean Lartéguy. « Les naufragés du soleil ». 1978.

[3] Yvonne Schultz. « Le sampanier de la baie d'Along ». 1931.