Le « Chevalier du Roi »  -  Tours-Opérators et repas impérial

 

Vietnam Hué Temple des Générations

 « Hué, c’est un mythe, c’est un symbole, c’est une fleur, c’est aussi une cité admirable, à l’imitation de la Cité Pourpre de Pékin »[1].

Emoi de découvrir le « Cavalier du Roi », le bastion Sud de la cité royale. Sa silhouette basse et massive de fortification « à la Vauban » était parue sur toutes les premières pages des quotidiens du monde lors de l’offensive du Têt de janvier 1968, floue, grise, mais couronnée du drapeau Viêt-Cong qui narguait les « marines » américains ! Il leur fallut plus de dix jours pour reprendre possession de la citadelle dans laquelle le combat se livrait parfois au corps à corps.

La cité royale a beaucoup souffert des combats de 1968, de nombreux palais ont disparu et les herbes envahissent les esplanades. Quelques pavillons ont été sauvés et restaurés, laissant deviner la splendeur passée de la citadelle : Porte du Midi avec ses piliers et façades de bois laqué rouge et or, son toit de tuiles jaunes la couleur réservée à l’empereur, au faîtage de dragons griffus et barbus, dragons dressés à chaque coin de la toiture également, au corps sinueux et mouvant, sous laquelle se tenait l’empereur lors des cérémonies et parades militaires quand il annonçait le nouveau calendrier lunaire. « Palais de l’Harmonie Suprême » aux quatre-vingt piliers de bois de fer, laqués de rouge et décorés de dragons d’or. « Belvédère de la Lecture » à la toiture ornée de dragons aux écailles de porcelaine bleue et blanche nageant sur des vagues de porcelaine rouge et jaune, et de grues aux ailes déployées de plumes de porcelaine bleue, dressées sur des lions accroupis, tuiles de couleur or terminées en façade par des fleurs de lotus de porcelaine blanche. « Temple du Culte des Rois Nguyên » à la longue façade de panneaux rouges et or surmontée de travées fleuries à fonds multicolores, bleue, vert, rouges, et devant laquelle sont posées neuf énormes urnes de bronze, ventrues, aux pieds arqués, chacune étant différente par la forme de ses anses, de ses pieds, de ses reliefs présentant des paysages ou des signes chinois.

Une dizaine de bâtiments demeurent sur la soixantaine que comptait la citadelle. Pas de tramway et pas « de sonnette électrique à la porte de l’Enceinte Pourpre interdite » contrairement à ce qu’imaginait, pour l’avenir, Roland Dorgelès ! De la Cité Interdite il ne reste rien, ni mur d’enceinte, ni porte, parfois un peu de ciment au sol, un réverbère oublié, un pan de mur. Les cours du Palais sont occupées par de petits potagers. « Hué, c’est la capitale de la mélancolie »[2]. Pauvre Hué qui avait déjà eu à subir un sanglant assaut des troupes françaises en 1883, assaut contre lequel Pierre Loti, officier de Marine à bord du croiseur « Atalante », avait dénoncé la sauvagerie dans un article du « Figaro ». Comme son article avait provoqué un scandale à Paris, mais qu’il était difficile de s’attaquer à une gloire littéraire nationale, le Ministre lui accorda une permission !

« Voici des gens à Paris qui envoient tuer ici de braves enfants du pays breton (...) qui nous lancent dans cette expédition du Tonkin et qui ont, après, des hauts le cœur quand on vient leur dire comment les choses se passent » [3].

Le palace « dont les plans étaient tracés » a vu le jour, plusieurs mêmes, cubes de béton, le long de la Rivière des Parfums. Ils ont remplacé le « pitoyable petit hôtel-épicerie célèbre chez tous les coloniaux »[4] où l’on faisait halte autrefois. S’il n’est pas sûr que le paysage de Hué y ait gagné, du moins le confort de ses hôtes en est-il amélioré : chambres au standard international, climatisation, mais étonnamment, la télé n’a pas encore conquis ce territoire. Au « Huong Giang Hotel », pendant le dîner, nous entendons la musique qui accompagne le « repas impérial ». Les Tour-operateurs » proposent désormais aux groupes de touristes une soirée dite « impériale » au cours de laquelle chaque participant doit revêtir la tenue d’un personnage de la cour, qui en empereur, qui en impératrice ou en princesse, qui en mandarin, ou en seigneur. Chacun se retrouve affublé d’une tunique, de socques, de chapeaux coniques ou de tiare. Le couple « élu » empereur (quelle contradiction !) siège en bout de table et préside au repas, sous de vastes parasols jaunes, couleur de l’empereur. Ce doit être le groupe « Nouvelles Frontières » débarqué ce matin qui « joue » ce soir !


[1] Lucien Bodard. « Capitales oubliées. Hué - Viêt-Nam ». 1994.

[2] Idem.

[3] Pierre Loti. « Journal intime ». 1883.

[4] Roland Dorgelès. « Sur la route mandarine". 1925.

Liste des articles sur Viêt-Nam Nord/Sud.

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