26 novembre 1967 – La solidarité avec le Viêt-Nam

 

Vietnam Manifestation Paris 26 11 1967

A l’initiative du Mouvement de la Jeunesse Communiste, une grande manifestation était prévue le 26 novembre 1967, à Paris, de la place du colonel Fabien à la place de la République, afin de protester contre les bombardements américains sur le Nord Viêt-Nam. A la suite des accords de Genève de 1954, le Viêt-Nam avait été divisé en deux zones avec, au Nord, un Etat socialiste et, au Sud, un régime soutenu par les USA. Le Front National pour la Libération y luttait pour l’indépendance et la réunification du pays. A partir de 1965 les Etats-Unis intervinrent militairement au Viêt-Nam, au sol au Sud, et par des bombardements aériens au Nord.

Nouvellement arrivés à Dijon pour y poursuivre nos études, nous n’avons pas hésité longtemps. Nous ne connaissions personne à Dijon mais avions appris (par un tract distribué au restaurant universitaire ?) que les inscriptions à la manifestation s’effectuaient à la librairie du Parti Communiste située au siège de la Fédération départementale de la Côte d’Or.

Le départ pour la manifestation était prévu dans la nuit afin de pouvoir arriver dans la région parisienne en début de matinée. Nous ne connaissions personne dans cet autocar bourré de lycéens et d’étudiants. Dans une banlieue ouvrière de Paris, nous fûmes accueillis par une municipalité communiste laquelle avait mis un gymnase à notre disposition. Après les discours d’accueil par les élus et un petit déjeuner offert la municipalité, des petits groupes de 3 ou 4 personnes étaient constitués afin d’effectuer une collecte publique pour soutenir la lutte du peuple vietnamien en affrétant « un bateau pour le Viêt-Nam ». Notre petit groupe était accompagné d’un militant communiste pour nous aider dans la conduite de notre collecte dans un quartier de HLM et de petits pavillons d’avant-guerre, pierre meulière, trottoirs défoncés et routes pavées. L’accueil était bon, les gens donnaient facilement, même si les sommes étaient le plus souvent très modestes, quelques francs. Dans cette « banlieue rouge » la solidarité avec le Viêt-Nam et avec ce peuple qui se battait contre les puissances économiques et répressives s’imposait. Tous se sentaient engagés dans un même combat de libération, pour un avenir qu’ils espéraient meilleur. Les luttes de la Libération en France n’étaient pas si loin, une vingtaine d’années, et les générations des plus de quarante ans en conservaient encore le souvenir vivant.

Dans cette banlieue pauvre, il existait aussi des maisons précaires, de bois et de tôle. Nous avons été reçus dans l’une d’elle. Je n’ai souvenir que d’un grand lit de cuivre dans lequel était couché un homme malade, encore jeune, une quarantaine d’année peut-être. C’était manifestement la misère la plus noire mais l’homme voulait malgré tout participer à la collecte, sauf qu’il n’avait pas de quoi mettre un franc dans le tronc. Il les emprunta au militant communiste qui nous accompagnait. Il était néanmoins content que l’on soit passé le voir, de n’être pas oublié. C’était pourtant  lui qui aurait eu besoin de la solidarité nationale !

Un peu plus loin, sur le trottoir un homme, assez jeune, nettoyait sa voiture et nous n’avons pas manqué de lui demander sa contribution. Pour la première fois, nous reçûmes un accueil hostile. « Laissez-moi tranquille avec vos histoires, cela ne m’intéresse pas ! » ou quelque chose de ce genre. Tous ne donnaient pas, mais, ils s’en excusaient, et ce refus hargneux nous surprit. Le militant communiste qui nous accompagnait nous précisa : « C’est un ancien d’Algérie, il a fait vingt-huit mois dans le bled... ». Quels souvenirs avions-nous ravivés ? Quelle plaie était restée ouverte ? Que cherchait-il à gommer de sa mémoire ? Les guerres coloniales avaient fait bien d’autres dégâts que matériels.

Après la collecte, nous avions été conduit Paris où avait lieu la manifestation. Elle était imposante : soixante-dix mille jeunes pour les organisateurs, mais cinq mille pour la préfecture de Police, bien sûr. Des chants, de la couleur, l’impression de participer à une immense vague qui allait changer la face du monde. Mais, dans cette vague, il existait néanmoins des chapelles dont nous ne comprenions pas les différences subtiles. Nous étions un peu perdus au milieu de cette manifestation où nous n’avions pas d’amis et, faute de relations, pendant une grande partie de la manifestation, nous fûmes accompagnés d’un militant trotskiste de je ne sais quelle chapelle, JCR ? CLER ? Ou autre ? Lequel essayait de nous convaincre de la justesse des vues de son groupuscule en critiquant uniquement le PCF.

Liste des articles sur Viêt-Nam Nord/Sud.

Télécharger le document intégral