Hoi-An, une petite ville au charme suranné – Un express pas trop pressé

 

Vietnam Hôi-An

L’histoire semble avoir oublié ce petit port désormais ensablé, situé au Sud de Da Nang, les ruelles présentent un double alignement de maisons de bois à un étage, autrefois siège des entrepôts des négociants. Au premier étage, un balcon de bois domine la rue ; à l’intérieur, l’espace est dégagé pour permettre d’y emmagasiner les marchandises descendues des navires. Entre le rez-de-chaussée et le premier étage, des trappes permettent de monter les denrées à l’étage pour accroître le stockage ou protéger les marchandises des grandes marées ou des voleurs.

Foin des automobiles ou même des mobylettes pourtant si présentes au Viêt-Nam, à Hoi-An, on circule encore à pied ou à vélo, tranquillement, sans agitation inutile. Il faut dire que les rues sont trop étroites pour qu’y passent des véhicules automobiles, comme au pont japonais, petit pont bossu et couvert d’une toiture couronnée de dragons, séparant les anciens quartiers chinois et japonais. Au milieu du petit pont, un minuscule pagodon.

« L’express de la réunification », c’est 1 730  kilomètres entre Hanoi à Saigon et deux jours de voyage ! Nous ne ferons que 500 km et 11 heures de voyage. Monter dans le train n’est déjà pas une mince affaire, encombrés que nous sommes de sacs, de valises, d’appareil photo et de caméra vidéo ! Nous apparaissons bien balourds, surchargés d’accessoires, quand les Vietnamiens n’ont qu’un petit baluchon ou un sac. Il est vrai que ce n’est pas toujours le cas, notamment dans les autocars remplis jusqu’à la gueule de caisses et de paniers. Enfin, nous arrivons à nous caser dans notre compartiment au confort un peu sommaire. Deux banquettes en vis-à-vis, et deux couchettes superposées. Rustique, rustique et pourtant nous sommes dans une voiture climatisée : eh oui, il y a un ventilateur ! Pas de vitres aux fenêtres, mais un grillage et, malgré le ventilateur qui s’époumone au plafond, il fait très chaud. Un haut-parleur nasillard distille de la musique vietnamienne. Nous partageons le compartiment avec une jeune étudiante de Da Nang qui va reprendre ses cours à l’université d’Ho-Chi-Minh-ville.

Outre que la voie unique est en fort mauvais état, son tracé traverse les quartiers populeux des villes où les rails servent aussi de sièges pour des discussions de voisinage et, en campagne, toutes les rencontres sont possibles : buffles, charrettes à bœufs, vélos, enfants... aussi, le mécanicien roule-t-il lentement en actionnant fréquemment son Klaxon.

La vitesse fort modeste du train permet d’observer les paysages : villages où les maisons aux toits de chaume sont plus nombreuses que dans le Nord, rizières aux différents tons de vert, mais aussi vastes étendues sablonneuses (est-ce le résultat des défoliations pendant la guerre ?). La lenteur de la course permet aussi d’étudier les travaux des champs : arrachage des mauvaises herbes, montage de l’eau dans les carrés des rizières, surveillance du buffle ou des troupeaux de canards.

Vers 17 heures, les employés distribuent les repas, un plateau de plastique à plusieurs cases où se mélangent omelette, riz compact et légumes ; une case reste vide. Pas longtemps, un autre employé passe avec un seau de plastique rouge contenant la soupe, très claire, et la distribue à la louche. Cela relève d’une pièce à la Jérôme Deschamps. C’est le moment d’apprécier fruits et gâteaux achetés avant le voyage, la gastronomie vietnamienne nous ayant jusqu’alors habitué à mieux. Nous avons d’autant moins de scrupules à ne pas ingurgiter le repas que la jeune étudiante n’y touche pas elle-même. Bientôt les employés reviennent récupérer les plateaux et jettent l’ensemble par la fenêtre ! Effectivement, tout au long de la voie, gisent des morceaux de plastiques restes des plateaux repas et des déchets d'alimentation que chiens et poules des villageois viennent manger.

Le train avance au rythme de la découverte visuelle. Les gares où nous nous arrêtons sont de véritables spectacles vivants avec les étals de denrées étalées sur le quai, chacun traverse les voies comme bon lui semble, les cheminots passant sous le train pour aller d’un quai à l’autre.

Le soir tombe, les paysans retournent vers leurs villages, portant leurs outils. L’imagination fait évoquer le tableau d’une vie rurale qui s’écoule lentement, calmement. Mais cette réalité est vue de bien loin, d’un train qui passe, même s’il ne roule pas très vite. Si la vie des paysans est certainement encore très difficile, précaire, du moins, le temps du bruit et de la fureur de la guerre apparaît achevé. 

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