Vietnam Hôi an

Cinq heures du matin. Il fait encore nuit. Nous traversons un Saigon où déjà la vie s’anime, paysans à vélo apportant leurs marchandises en rangs serrés, commerçants ouvrant leurs échoppes, vieillards « joggants » à petits pas ou exécutant le tai-ji-quan, la gymnastique chinoise.

Aéroport de Tan Son Nhat, moderne, tranquille et anodin. Quelques rares appareils sur le tarmac : un Airbus de Viêt-Nam Air Lines, un Boeing de Royal Air Cambodge. Dans la salle d’attente, il n’y a qu’un petit groupe de touristes japonais, appareils photos et caméscopes sur le ventre, en attente de s’envoler pour Angkor. Il est bien fini le temps des « mouches à vapeur » de Pierre Loti.

Tonnerre des B-52 décollant en cascade et emportant chacun leurs trente tonnes de bombes à larguer sur Hanoi ou Haiphong ; grondement des F-105 partant en opération sur la plaine des joncs ou le « triangle de fer » ; C-123 en cours de remplissage de « l’agent orange » qu’ils déverseront sur les hauts plateaux ; ballet des bananes volantes « Chinook » et des hélicos « Cobra » ; vrombissement des turbo des C-130 « Hercules » venant débarquer leurs marchandises, Jeeps, munitions, ou caisses de bière... Air brassé par les pales des rotors d’hélicoptères, odeurs d’huile brûlée et de kérosène, fourmillement des GMC, voitures, grues, et fenwiks...

Non, il n’y a plus rien de tout cela derrière la baie vitrée, plus d’avions, d’hélicoptères, de véhicules, pas même leurs épaves qui y rouillaient encore quelques années auparavant. Rien, rien qu’un petit aéroport tranquille, en fin de semaine. La paix.

Et maintenant, je poursuis ce voyage dans ma mémoire, mémoire des paysages, des situations, des repas. A Hanoi, le restaurant « Truong », dans une petite ruelle du quartier des corporations, la carte est écrite en français, et la salle est pleine de Français avec leur guide du routard ; le « Hai Thinh », petit restaurant de quartier, rue Hàng Ga, familles nombreuses et enfants joueurs, salle très propre, nappes en papier et néons ; le « Chà Ca Lâ Vong », rue des poissonniers, petite salle bondée et surchauffée au premier étage, aux murs verdâtres, où l’on déguste un unique plat : du poisson frit dans une marmite posée sur un réchaud de braises au milieu de la table, ce qui accroît encore la chaleur d’une salle mal ventilée.

A Hoa-Lu, le « Kinh Do Hotel », où nous mangeâmes de délicieuses anguilles farcies dans une salle de restaurant où il n’y avait qu’un autre couple de jeunes français. A Van Lam, en face de l’embarcadère pour la promenade en bateau de la « baie d’Halong terrestre », un très agréable restaurant composé de petits pavillons de bois plantés au-dessus de l’arroyo, les tables sont en ciment, couvertes de carreaux de faïence blanche.

Et à Nhatrang, le « 4 Seasons Café » avec cette magnifique terrasse dominant la plage et la mer, à l’ombre des cocotiers... Et Mytho, autre terrasse, mais sur l’arroyo, avec le bruit du vent dans les palmiers, où l’on nous a servi un poisson « à oreilles d’éléphants » ; présenté dressé sur le plat, il faut en découper des lamelles que l’on dépose dans des galettes avec de la salade et des caramboles.

Le bruit du vent dans les palmiers, le soir tombant sur les rizières, les buffles pâturant sur les diguettes, les trottoirs de la rue Catinat, le petit lac de l’épée restituée. Me voilà aussi atteint par la « namstalgie ».

 

Montpellier, septembre 1995 / juillet 1996.

Complété, Senlis, 2016.

Liste des articles sur Viêt-Nam Nord/Sud.

Télécharger le document intégral