Deux œuvres du Bernin, l’une immortelle, l’autre vite disparue

 

Rome Borgo Scala Santa

Ce petit coup de colère passé, retournons fréquenter les hauteurs de l’esprit avec la Scala Regia (1664 / 1666), toujours de Bernini. Encore que seuls quelques « élus » ont la possibilité d’admirer ce lieu, ceux qui possèdent le « privilège » d’être reçus officiellement par le pape, les autres ne peuvent qu’entrevoir, de très loin, l’entrée du palais pontifical.

Cette entrée est traitée en trompe l’œil car la surface dont disposait le Bernin était réduite, irrégulière et en biais, mais elle devait néanmoins donner au visiteur l’illusion d’une très grande solennité.

Comme au palais Spada, mais cette fois-ci à une beaucoup plus grande échelle, les colonnes et la voûte diminuent insensiblement de taille au fur et à mesure que l’on s’élève dans l’escalier afin d’exagérer l’effet de perspective. Celui-ci est également accru par le rythme des colonnes qui encadrent l’escalier, lesquelles sont de plus en plus rapprochées les unes des autres. Enfin, le fond de l’escalier, comme avec le jardinet du palais Spada, est largement éclairé pour accroître l’effet de profondeur.

Au pied de l'escalier, est placée une statue équestre (Le Bernin, 1663 / 1670) de l'empereur romain Constantin à la bataille du Ponte Milvius, entre les troupes de Constantin et de Maxence dans une de ces nombreuses guerres de succession pour l’accès au trône de César. A la veille de l’engagement, dans la nuit du 27 octobre 326, Constantin aurait eu une vision avec l’apparition d’une croix accompagnée d’une voix lui disant (en grec) « Par ce signe, tu vaincras ». Il aurait alors fait apposer une croix sur les boucliers de ses légionnaires et remporté le combat.

Le style de la statue n’est pas sans rappeler celle que Le Bernin exécuta pour représenter Louis XIV : un cheval cabré, tourné vers la droite. Mais évidemment, si la pose du cavalier Louis XIV évoque l’impétuosité et la détermination, bras gauche tenant les rennes, bras droit ouvert avec le bâton de commandement, regard horizontal, celle de Constantin souligne la révélation et l’étonnement, bras repliés, mains ouvertes, visage tourné vers le ciel. Dans les deux cas, la pose a pour objectif de figer un instant dans une action dynamique. C’est d’ailleurs ce qui avait si fort déplu à Louis XIV et qui avait abouti à remiser la statue au fin fond du parc de Versailles ! Pas assez de solennité et de majesté !

Avant d’entrer dans la basilique, il faut encore dire un mot d’une autre œuvre du Bernin laquelle a heureusement disparu : son campanile. Aussi curieux que cela puisse nous paraître aujourd’hui, Carlo Maderno, qui avait été chargé par Paul V de prolonger la nef en croix latine, avait prévu de terminer l’édifice par deux campaniles au dessus du vestibule de la basilique, de part et d’autre de la façade, pour en « casser » l’horizontalité !

Pour des raisons d’économie un seul des deux campaniles (une tour de deux étages ornées de colonnes et surmontée d’une pyramide[1]) fut réalisé par Le Bernin de 1637 à 1642. Il fut détruit très peu de temps après (en 1645) sous plusieurs prétextes : sa construction aurait comporté des défauts, la façade de la basilique aurait présenté des fissures suite à son érection et les comptes de Bernini auraient été embrouillés ! Précisons que son grand concurent, Borromini, alors revenu en « odeur de sainteté », faisait partie de la commission papale chargée d’étudier la situation et de faire des propositions de solutions auprès d’Innocent X Pamphili (1644 / 1655).

La solution préconisée par la commission était simple et radicale : démolir ! On démolit donc.

Il est vrai que l’idée de clochers pour la basilique Saint Pierre nous apparaît aujourd’hui assez étrange, entraînant des équilibres différents dans des volumes auxquels nous nous sommes habitués : verticaux des campaniles, masse arrondie du dôme et horizontalité de la colonnade. Je n’ai malheureusement pas réussi à trouver d’illustration de la façade avec le campanile du Bernin qui permettrait de juger de son opportunité architecturale, si ce n’est le dessin d’un projet de campanile. De dessin de la façade avec son campanile, rien, alors même que l’on trouve assez facilement des dessins du Panthéon affublé lui aussi de ses campaniles berniniens (les fameuses « oreilles d’âne du Bernin »). Il est vrai que ces derniers sont restés en place beaucoup plus longtemps, 248 ans (1634 / 1882) contre 3 ans (1642 / 1645) pour Saint-Pierre ; les peintres et même les photographes avaient eu le temps d’en fixer les lignes.


[1] Antoine Chrysostôme Quatremère de Quincy. « Histoire de la vie et des ouvrages des plus célèbres ». 1830.

Liste des promenades dans Rome et liste des promenades dans le rione de Borgo

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