Dans Saint-Pierre,  deux autres œuvres inégales du Bernin !

 

Rome Borgo La Gloire

A l’intérieur, Saint Pierre ne devait pas être très facile à meubler ! Il fallait tout à la fois y introduire des œuvres de très grande taille compte-tenu du volume du lieu, tout en évitant de le morceler pour lui conserver l’ampleur de ce volume : 188 mètres de long, 154 de large et 119 de haut ! A titre d’exemple, les « angelots joufflus », à demi couchés, qui soutiennent les bénitiers à l’entrée de la basilique mesurent chacun deux mètres !

La plus grande réussite du Bernin en la matière c’est le baldaquin (1624 / 1633), avec ses colonnes torses décorées de feuillage d’olivier et d’abeilles (l’emblème des Barberini[1]) et drapé de brocard en trompe l’œil. C’est tout à la fois gigantesque, 29 mètres de haut pour un poids de 60 tonnes, mais l’ensemble reste néanmoins léger et aérien ! Le baldaquin demeure la plus grande structure de bronze au monde.

« Le Bernin qui, dans sa vie, essaya tant de choses à l’étourdie, a parfaitement réussi pour le baldaquin et la colonnade »[2].

On peut seulement regretter que pour réaliser le baldaquin toutes les décorations de bronze du pronaos du Panthéon y soient passées ! Ce qui fit dire à Pasquino, la statue « parlante » la plus bavarde et la plus acerbe :

« Quod non fecerunt barbari,
 fecerunt Barberini »
(« Ce que les barbares n’ont pas fait, les Barberini l’ont fait ») ;
ou encore : « Urbano spoglia Flavio
per vestirne San Pietro »
(« Urbain déshabille Flavio pour en vêtir San Pietro »).

La réussite du Bernin est nettement moins grande avec « La Gloire » (1657 / 1666) qui clôt l’abside. Il faut dire que la tâche était assez ingrate ! Le pape Alexandre VII Chigi (1655 / 1667) souhaitait que l’œuvre placée au fond de Saint-Pierre souligne le magistère universel de l’église catholique en rappelant le souvenir de Saint-Pierre par l’intermédiaire d’un siège dont la tradition affirme qu’il s’agit de celui de l’apôtre. Bernini a donc représenté les pères de l’église, Saint-Augustin et Saint-Ambroise pour l’église latine, Saint-Athanase et Saint-Jean-Chrysostome pour l’église grecque. Ces quatre saints désignent à l’adoration des fidèles, plus qu’ils ne « portent » véritablement, un trône reliquaire dans lequel a été placé le siège attribué à Saint-Pierre.

Le résultat est étonnant. A propos des quatre pères de l’église, Stendhal parle, non sans raison, de « danseurs en mitre ». C’est qu’il fallait résoudre simultanément d’épineux problèmes. La taille des statues ne pouvait être inférieure à celles placées dans le chœur lesquelles, pour tenir compte de l’ampleur de l’édifice, sont colossales (5 mètres !). Le siège reliquaire devait être placé assez haut pour être vu de l’ensemble des fidèles. Enfin, le mouvement des saints ne devait pas laisser supposer qu’ils portaient avec difficulté un lourd fardeau… Bref, il fallait faire du léger dans le colossal, ce que les artistes baroques ont généralement solutionné par l’utilisation du mouvement. Et du mouvement, il y en a… quoiqu’un peu ridicule !

Résultat : « le procédé reste un procédé de théâtre : la gloire est un décor plaqué au mur, une maquette, merveilleuse sans doute, mais où partout s’insinuent le trompe-l’œil et la perspective d’illusion »[3].

Et, vachard, Stendhal finit d’assassiner l’œuvre en proposant qu’« un pape, homme d’esprit, pourrait faire cadeau à quelque église d’Amérique des quatre statues du Bernin, admirables pour des bourgeois, mais tout à fait indignes, par leur exagération comique, de la place qu’elles occupent dans Saint Pierre »[4].


[1] Urbain VIII Barberini (1623 / 1644).

[2] Stendhal. « Promenades dans Rome ». 1829.

[3] Victor Louis Tapié. « Baroque et classicisme ». 1980.

[4] Stendhal. « Promenades dans Rome ». 1829.

Liste des promenades dans Rome et liste des promenades dans le rione de Borgo

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