De fastueux tombeaux pour rappeler que nous ne sommes rien

 

Rome Borgo Saint-Pierre Alexandre VII

Bernini s’en est mieux sorti avec les tombeaux d’Urbain VIII Barberini (1623 / 1644) et d’Alexandre VII Chigi (1655 / 1667) placés tous les deux dans l’abside de la basilique.

Urbain VIII est représenté surpris par la mort au moment où, assis sur son trône, il donne sa bénédiction. En avant du socle de la statue, d’un cénotaphe de marbre noir, sort un squelette doré qui inscrit le nom du pape sur un cartouche. C’est bien un drame qui se joue sous nos yeux, l’appel de la Mort inscrivant le nom du pape sur sa liste.

L’idée générale est reprise pour le cénotaphe d’Alexandre VII. Cette fois, le pape est représenté en oraison. Il est appelé brutalement par la Mort qui se dissimulait sous un lourd drapé de marbre. La mort, représentée là encore sous la forme d’un squelette doré, tire la draperie et brandit son sablier pour rappeler au Saint-Père que le temps est venu. La Charité et la Vérité entourent la scène. Nouveau procédé dramatique bien décrit par Tapié :

« La Charité s’élance, gênée dans sa course par le poids de son enfant trop lourd, bouleversée d’arriver trop tard… Plus loin, la Vérité, ramenant ses bras sur sa poitrine, dans un geste d’effroi, contemple la tombe béante et fait un mouvement de recul »[1].

Les cénotaphes auraient été réalisés de manière « taylorienne » dans l’atelier du maître. Il Cavaliere[2] Bernini dessinait les plans mais faisait réaliser les différentes parties du monument par ses élèves et disciples. L’ensemble était ensuite monté sur place.

La représentation de la mort sous forme d’un squelette est bien sûr des plus anciennes, il suffit de penser aux danses macabres si présentes dans les églises du Moyen-âge. Les artistes baroques n’y ajoutèrent peut-être que la dorure pour rendre cette représentation de la Mort plus visible, plus présente, plus tragique en soulignant le côté fugace des biens de ce monde. A l’entrée de l’Asamkirsche de Munich (1733 / 1746) un squelette doré vous accueille. Ricanant, il brandit un énorme ciseau de tailleur pour couper le fil de la vie que tisse avec application et persévérance une jeune et jolie parque.

Il bien vrai que ces squelettes sont propres à frapper les imaginations et Stendhal regrettait l’utilisation de ce procédé de théâtre.

« Je ne nierai pas qu’il y a un certain feu d’exécution qui attire les regards du peuple. J’ai souvent vu devant ce tombeau huit ou dix paysans de la Sabine arrêtés bouche béante »[3].

Mais baste ! Nous savons Bernini suffisamment remarquable sculpteur pour donner vie aux marbres les plus froids. Il dut aller un peu loin avec la statue de la Vérité du cénotaphe d’Alexandre VIII, Vérité qu’il avait bien sûr représentée toute nue, comme il se doit. Ou cette Vérité était bien trop belle à regarder, ou l’Eglise n’aime pas la vérité, toujours est-il qu’on ordonna au Bernin d’aller rhabiller cette Vérité là. Ce qu’il fit, parait-il, avec beaucoup de réticence. Mais bon chrétien, respectueux du pape, il s’exécuta et fit un drapé de bronze, peint en blanc, pour cacher la nudité de la Vérité.

D’autres avant lui avaient bien dû dessiner, à la demande impérieuse de Paul IV Carafa (1555 / 1559) des « culottes » (en réalité des feuilles de vigne ou des drapés) aux personnages du jugement dernier de la Chapelle Sixtine ![4]


[1] Victor Louis Tapié. « Baroque et classicisme ». 1980.

[2] Soulignons ici son titre qu’il méritait très largement. On ne peut pas en dire autant de certains personnages contemporains !

[3] Stendhal. « Promenades dans Rome ». 1829.

[4] Daniele da Voltera, après la mort de Michel-Ange, dû recouvrir les parties génitales des personnages du Jugement Dernier par des « repeints de pudeur », d’où il gagna le surnom de « Il Brichetonne » (le « faiseur de culottes »).

Liste des promenades dans Rome et liste des promenades dans le rione de Borgo

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