Du transport aérien - De celui pour la Finlande

 

Estonie

« Je hais les voyages et les explorateurs »[1]

Quelle que soit sa destination, la première difficulté que rencontre le candidat explorateur est celle de l’organisation matérielle de son déplacement pour se rendre sur son lieu d’étude. Heureusement, les grands découvreurs du XIXe siècle, notamment scandinaves, ont défriché avec bonheur la préparation des grandes expéditions des régions polaires nous laissant une riche expérience décrite avec précision dans leurs carnets de bords. Mais, si nous pouvons encore profiter de leurs observations sur la manière de préparer ses bagages, nous restons néanmoins toujours à la merci des transporteurs chargés de nous conduire à destination.

Une des questions clefs de l’intrépide explorateur contemporain reste celle des conditions du transport aérien !

J’ai eu l’occasion de faire part de mes doléances concernant les conditions de transport aux différentes compagnies aériennes empruntées, notamment à notre chère compagnie nationale : bagages arrivés en retard, projections de films médiocres au cours du vol (autrefois assez souvent constituées de séries américaines du type film policier avec poursuites automobiles et règlements de compte meurtriers), espace vital réduit, collations médiocres voire « sabotées », j’en passe, et des pires. Ces mouvements d’humeur, toujours restés néanmoins forts civils, tant au niveau des échanges oraux qu’épistolaires, me valurent d’être repéré par la compagnie en question et d’être doté de « deux étoiles » sur sa liste clientèle, ce qui revenait à peu près à dire au personnel chargé de l’enregistrement : « Attention, client à ménager ! », ou plus vulgairement : « Attention, enquiquineur ! » pour rester poli. C’est me faire beaucoup d’honneur, car mes remarques visaient surtout à améliorer le service d’une compagnie qui me reste chère et qui est, le plus souvent, le premier contact des étrangers avec la France.

J’ai la faiblesse de penser que, pour la plupart des voyageurs de « la bétaillère »[2] (c’est à dire pour les passagers de la classe touriste qui n’est pas celle qui rapporte le plus à la compagnie mais qui constitue néanmoins le gros des bataillons et assure le remplissage des avions), le voyage en avion demeure encore un moment privilégié, inhabituel. A ce titre, le voyage en avion demeure un instant festif, magique, qui accompagne un départ en vacances, un séjour de tourisme ou des rencontres à l’étranger. En conséquence, je reste personnellement très attaché au respect de certains rites qui doivent permettre non seulement d’assurer le bon déroulement du voyage mais encore de le rendre agréable et unique, comme boire une coupe de champagne après le décollage ou bénéficier d’une collation agréable.

J’ai également eu l’occasion, et de sinistre mémoire, de constater combien de très nombreuses compagnies aériennes, non seulement ont oublié cet aspect festif du voyage aérien, mais traitent leurs passagers avec le dédain le plus profond. Dans mon classement personnel, parmi la quarantaine de compagnies testées, British Airways reste sans conteste médaille d’or de « La mal bouffe à 10 000 mètres d’altitude » avec le souvenir de la distribution d’un malheureux sandwich et d’un pauvre petit gâteau le tout enveloppé dans un vilain sac en papier kraft.

Le transfert de notre équipe de Montpellier à Tallin n’a pas manqué de connaître aussi de réelles difficultés auxquelles il convient que les hardis voyageurs doivent se préparer. « Estonian Air », la compagnie chargée du transfert de notre expédition, de création récente et possédant de magnifiques appareils flambant neufs, a cru nécessaire de proposer un repas à ses audacieux passagers. C’est très précisément à ce moment là que, quelles que soient les critiques que l’on puisse adresser à notre Compagnie nationale, on regrette néanmoins vivement de ne pas avoir emprunté l’un de ses appareils. Quand nous avons soulevé le couvercle de la barquette alimentaire qui nous avait été distribuée sur un petit plateau de plastique bleu, celle-ci a révélé à nos yeux incrédules une tranche marronâtre (qui pouvait être du veau peut-être ? la pauvre bête ! On ne devrait pas avoir le droit de traiter les animaux de façon aussi cruelle) et des haricots verts moroses, gélifiés dans une sauce blafarde. Le voyageur, même le plus résolu, est soudain pris d’un doute métaphysique sur l’importance de sa mission au regard des risques encourus. Cela en valait-il vraiment la peine ? L’amélioration de nos connaissances mérite-t-elle autant de sacrifices ?


[1] Claude Levi-Strauss. « Tristes tropiques ». 1955.

[2] Surnom sympathique donné par les personnels des compagnies aériennes à la partie arrière de l’appareil dans laquelle s’entasse, avec plus ou moins de bonheur, la très grande majorité des passagers (note de l’auteur).

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