Des architectures intéressantes - Une agriculture quasi inexistante - La permanence de certaines frontières dans le temps

 

Estonie Tallin ville-moderne

Heureusement, Tallin n’est pas sans attraits architecturaux, permettant de dépasser le regret d’une ville qui se transforme doucement en centre commercial et en musée. C’était là une nouvelle occasion de comparer, étudier, rechercher, comprendre, les évolutions culturelles européennes.

Et Tallin offre quelques surprises, une Tallin médiévale à l’architecture caractéristique des villes hanséatiques mais où peuvent s’observer des influences de la Renaissance italienne, une autre baroque ou classique, mais aussi  une Tallin Jugendstil avec par exemple la Draakoni galerii surmontée de remarquables dragons stylisés et d’étonnantes cariatides égyptiennes. Une Tallin moderne avec le bâtiment très dépouillé dit « des Beaux-Arts », fâcheusement un peu défiguré par un étage rajouté, ou le très sobre immeuble d’habitation d’Eliel Saarinen, l’architecte de la gare d’Helsinki. Enfin, une Tallin contemporaine, malheureusement beaucoup plus banale avec ses tours et ses barres d’immeubles de l’ère soviétique, aussi déprimantes que celles de nos banlieues.

Il reste néanmoins quelques curiosités, rares témoignages de la période de la glaciation stalinienne, comme ce « Palais du peuple » décoré de colonnes « egyptiennisantes » et de bas-reliefs à la gloire du prolétariat, ou ces immeubles surmontés de clochetons, d’obélisques et d’étoiles rouges.

Certes, une promenade dans Tallin « soumet notre curiosité à une logique géographique superficielle »[1], nous faisant passer brusquement du gothique au Jugendstil, du baroque au moderne, exigeant constamment une gymnastique intellectuelle pour mettre en relation des faits historiques ou culturels qui se sont produits à des milliers de kilomètres les uns des autres, ou à des centaines d’années de distance. Mais lire une ville, n’est-ce pas une possibilité de jouer à son petit Sherlock Holmes ?

Nous en profitâmes aussi pour sillonner le pays en nous posant une question, mais où était donc passée l’agriculture estonienne ? D’avion, j’avais pu repérer quelques grands champs entourant des bâtiments d’exploitations importants, mais rien de tel n’apparaissait au niveau du sol : de la forêt, encore et toujours de la forêt, et quelques rares parcelles cultivées de-ci de-là, lesquelles, le plus souvent, semblaient relever plutôt du jardinage. L’agriculture n’est manifestement plus depuis longtemps un élément économique déterminant en Estonie : seule 20% de la superficie du pays est utilisée à des fins de production agricole stricte, la forêt représentant 50% de la superficie totale ! La part du secteur agricole n’est que de 2,5% de la production nationale et la population occupée dans le secteur de l’agriculture, de la pêche et de la forêt de 5%. Cerise sur le gâteau, la taille moyenne des exploitations est de 1,6 ha alors que les coopératives agricoles ou les entreprises privées nées de la privatisation représentent le 1/3 des surfaces totales. En conséquence, si l’Estonie exporte des produits laitiers, elle importe l’essentiel de ses produits alimentaires, viande, boissons, fruits, sucre.

Au cours de ces pérégrinations nous trouvâmes la trace des grands domaines agricoles qui couvraient autrefois le pays. Si les ateliers de production agricole avaient disparu, il restait assez souvent le château, pas toujours en très bon état il est vrai. Une partie de ces domaines a été restituée à leurs anciens propriétaires allemands ou suédois lesquels doivent préférer les charmes de la vieille bâtisse aux tracasseries du travail de la terre et à l’esclavage de l’élevage.

Dernière enquête, celle concernant les influences étrangères successives, allemande, finnoise, ou russe, dans la culture estonienne.

Il est très curieux de constater que malgré les chamboulements incessants des frontières politiques au cours des siècles, notamment le XXe lequel s’est montré fort prolixe en réaménagements rapides et en influences étrangères diverses (allemande et russe), la permanence de certaines références. C’est ainsi que passe à l’Est de l’Estonie, à Narwa, le long du fleuve, une des frontières les plus stables de l’Europe, linguistique et religieuse, mise en place dès le XIIIe siècle, entre Europe occidentale et orientale. La même frontière que l’on retrouve entre Croatie et Bosnie, et qui correspond à la très ancienne séparation entre alphabets latin et cyrillique, entre chrétiens d’occident et d’orient.


[1] Alain De Botton. « L’art du voyage ». 2002.

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