Il est possible de survivre !

 

Finlande Naantali Restaurant

L’approche de la culture scandinave par l’intermédiaire de l’art culinaire avait très rapidement montré ses limites en Norvège et en Suède, d’une part avec une restauration de base très largement composée de « chinois-pizzeria-kebbab » donc non-autochtone, d’autre part pour ce qui semblait être des « vrais » restaurants locaux par des prix à faire reculer un touriste français moyen.

Ce constat semble beaucoup moins net en Finlande. Certes les « vrais » restaurants sont une denrée plutôt rare et les prix apparaissent toujours excessifs aux yeux d’un Français mais du moins avons-nous pu faire plusieurs repas très honorables. Ils surprennent néanmoins par des mélanges sucrés salés assez systématiques : porc à la gelée de groseille, rollmops sucrés, poulet pané accompagnés de quartiers d’oranges, de tranches d’ananas, de grains de raisin, mais aussi de carottes, de choux fleur, d’oignons crus et de confiture d’airelle… Pour faire bon poids, on ajoute là dessus un peu d’acidité avec de petits oignons au vinaigre. Le tout était présenté avec une recherche de composition de couleurs, façon « nouvelle cuisine ».

Autre exemple intéressant, celui du lunch de ce magnifique restaurant de bois de Naantali. Imaginez un grand bâtiment, tout à la fois saloon et datcha, peint en jaune clair ! Saloon pour l’occupation de l’espace : une grande salle au plafond élevé, entourée de tables situées sur des estrades, avec des balcons de bois. Datcha pour la décoration : cadres ovales avec des bouquets de fleurs, maquettes de bateaux, voilages aux fenêtres, bouquets de fleurs. Pour un prix très honorable, chacun pouvait accéder à de magnifiques buffets, buffet froid avec toutes sortes de salades et de charcuteries, buffet de poissons avec bien sûr hareng et saumon accommodés de différentes façons, buffet de viandes chaudes, porc et bœuf généralement en sauce et, suprême luxe, des fruits frais !

Voilà pour le côté positif, mais celui-ci ne doit pas masquer la réalité des repas traditionnels dont on trouve une description dans le premier repas servi au fils du dieu de l’orage, Rutja, descendu dernièrement en Finlande pour évangéliser les Finnois, et dont l’œuvre de Paasilinna porte témoignage. Ce dîner se serait composé de tartines de pain beurré agrémentées d’une tranche de fromage et deux tranches de jambon, d’un œuf à la coque, de fruits et de thé. Son second repas, toujours si l’on en croit Paasilinna, aurait été une soupe de cervelas avec pommes de terre, beurre et deux cubes de bouillon de bœuf. Il n’y a donc rien d’étonnant que, par la suite, Rutja ait pris l’habitude d’aller manger dans un grand restaurant d’Helsinki où il sifflait régulièrement une bouteille entière de vin au cours du repas. On peut d’ailleurs se demander si ce dieu finnois là n’aurait pas quelques ascendances méditerranéennes.

Il faut aussi prendre en compte l’équipement culinaire particulièrement sommaire de notre base de vie : très peu de vaisselle, moins encore de casseroles et de plats de cuisson, laissant à penser que les seules nourritures qui pouvaient y être préparées étaient des pizzas surgelées et des tartines de pain. Il fallut développer des trésors d’imagination pour réussir néanmoins à s’assurer d’une alimentation normale et décente avec un équipement aussi sommaire.

Enfin, dernier élément d’information, sur le port de Tallin est implanté un vaste hangar dans lequel sont présentés toutes sortes d’alcools, les Finlandais ayant l’habitude de venir y faire régulièrement des razzias d’alcools. En dehors des bières, vodka et whisky, les vins français représentés étaient très, très quelconques… Plus « Postillon » que Saint-Emilion.

Notre axe d’investigation par l’alimentation a donc montré ses limites et ne confirme pas totalement notre hypothèse. Si les habitudes culinaires des Finlandais et des Français apparaissent assez différentes, il semble néanmoins que ces derniers pourraient y survivre, ce qui semblait plus difficile en Norvège et Suède. Resterait à analyser quelles sont les interrelations entre alimentation et comportements, attitudes, allures, agissements, voire coutumes, usages et traditions pour comprendre pourquoi nos compatriotes conservent quand même un sentiment global de dépaysement.

« … l’ambiance, j’en suis persuadé est l’ingrédient essentiel au développement du goût. Le goût ne vient pas de la bouche, il dépend entièrement de l’esprit »[1]


[1] Romesh Gunesekera. « Récifs ». 1994.

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