Eliel Saarinen - Johan Siegfried Sirèn - Raimi et Réima Pietilä

 

Finlande Helsinski immeuble

Et puis, il y eut la gare d’Helsinki (1910 / 1914) de Eliel Saarinen !

C’est une gare certes assez modeste par sa taille mais qui tranche nettement avec les productions courantes de la même époque : des formes simples mais affirmées, liées à la structure et à la fonction de la gare : une façade en avancée avec fronton curviligne dans le prolongement de la halle couvrant les voies. Le porche est encadré de statues massives, rectilignes, représentant un homme tenant un globe entre ses mains.

Pour apprécier toute la modernité de cette architecture, il suffit de faire une comparaison avec d’autres réalisations de la même période : la gare de Limoges (1925 / 1929), lourde, pataude, éclectique, tout à la fois médiévale, classique et byzantine, cachant soigneusement ce qui en faisait la modernité, à savoir sa plate-forme en béton recouvrant l’ensemble des voies. Ou encore la gare de La Rochelle (1910 / 1923) au style médiévalo-classique.

Les seuls parallèles possibles de l’œuvre de Saarinen le sont avec des projets de futuristes italiens qui sont restés à l’état d’ébauche (Antonio Sant’Elia 1913 / 1914[1]). La gare d’Helsinki n’est pas un palais moderne, mais une entrée dans la ville et une porte ouverte sur le monde ainsi que le souligne la statuaire d’Emil Wilkström.

« ... la gare (...) loin de ruiner le mythe du voyage, en est devenue un évident symbole : un sas magique dressé dans la ville comme une promesse de l’au-delà »[2]

Le parlement de Johan Sigfrid Sirén (1931) apparaît moins novateur même s’il serait un excellent exemple de fonctionnalisme nordique. C’est un édifice carré, massif, de granit rose, précédé d’une colonnade aux hautes et fines colonnes d’ordre colossal. Cette colonnade imposante fait immanquablement penser aux pires monuments soviétiques même si l’œuvre de Sirén est très dépouillée et très pure, à l’inverse des œuvres soviétiques surchargées de travailleurs, ouvriers et paysans, d’épis de blé et de roues dentées, de feuilles de laurier et d’étoiles rouges. Fonctionnel peut-être, mais pas véritablement très inventif.

Aux mêmes dates se construisaient les bâtiments du Bauhaus à Dessau (1925 / 1926 - Walter Gropius), l’Asile de l’Armée du Salut à Paris (1929 / 1933 - Le Corbusier et Pierre Jeanneret) ou la Casa del Fascio à Côme (1932 / 1936 – Guiseppe Terragni) qui sont autrement novateurs. Un point de détail intéressant : les entrées latérales du bâtiment présentent des jambages inclinés, comme à l’hôtel de ville dessiné par Carl Ludvig Engel. Je ne peux pas croire à une simple coïncidence, alors est-ce un clin d’œil malicieux ?

Mais la Finlande n’en est pas restée là ! Il y eut aussi une floraison d’architectes après Aalto. A Tempere, la bibliothèque centrale n’est pas sans intérêt.

 « La bibliothèque de Tampere était un magnifique bâtiment neuf d’aspect très original. Sorjonen essaya de se souvenir du nom de l’architecte, mais sans succès. Il se dit que, lorsqu’il serait vieux, il souffrirait certainement de troubles de la mémoire, vu le nombre de choses qui disparaissaient déjà de son esprit »[3]

Pour mémoire, elle est de Raili et Reima Pietilä (1986). La bibliothèque centrale est effectivement originale avec ses formes arrondies et ses toits de cuivre brun. Elle semble avoir servi d’aire d’atterrissage d’urgence à une soucoupe volante qui serait restée perchée sur sa terrasse, un peu en biais. En opposition avec les rondeurs basses de la bibliothèque centrale, la Kalevan Kirkko dresse de hautes parois composées de formes incurvées successives qui l’ont fait appeler « le silos des âmes ». Si l’extérieur fait un peu penser à un silo à céréales dont toutes les cellules n’auraient pas été construites, l’intérieur est remarquable d’élévation et de lumière. Les formes incurvées des murs sont séparées par de hautes fenêtres qui dispensent une lumière douce. Elles délimitent une vaste salle, sans aucun obstacle, très haute, de forme irrégulière, légèrement incurvée, au plafond plat. Bien que d’une conception très différente, c’est également une œuvre de Raili et Reima Pietilä (1966).


[1] Centre Georges Pompidou. « Le temps des gares ». 1978.

[2] Jean-Didier Urbain. « L’idiot du voyage - Histoires de touristes ». 1993.