Une région à la très grande richesse historique - Frédéric II de Hohenstaufen

 

Allemagne Frédéric II de Hohenstaufen

Ayant tâté de la Basilicate (le creux de la semelle de la botte italienne) et découvert l’exubérance du baroque du Mezzogiorno à Matera mais aussi, en limite des Pouilles, à Martina Franca, il devenait indispensable d’y retourner pour admirer ces monuments. Les Pouilles, « Puglia » en italien (La Pouille, au singulier !), c’est cette région de la botte italienne qui s’étend du niveau de l’éperon jusqu’au talon. C’est une région qui est bien mal servie par son nom français, lequel renvoie inévitablement à une image de pauvreté, de désolation, d’indigence.

C’est effectivement très mal se représenter une région qui, avant de se livrer aux joies exubérantes du baroque, s’était couverte d’impressionnantes églises romanes et de nombreux châteaux, une région donc pas « pouilleuse » du tout, mais au contraire riche de ses productions agricoles, de ses routes commerçantes, de ses monuments, de son histoire. C’était aussi l’occasion d’aller à la rencontre de Frédéric II de Hohenstaufen (1194 / 1250), roi de Germanie, empereur des Romains, roi-consort de Jérusalem, qui reçut les surnoms de « Stupor Mundi » (la « Stupeur du monde » !) et de « prodigieux transformateur des choses » ! L’Apulie, ancien nom de la région des Pouilles, a été la région préférée de Frédéric II et plus particulièrement la Capitanate, à savoir la contrée qui relie l'Apulie à la Campanie, au niveau de l’éperon de la botte italienne.

« … parmi tous les autres pays, nous avons choisi notre possession de Sicile pour qu'elle soit notre propriété réservée, et nous avons fait du royaume entier notre palais et le lieu privilégié de notre séjour, de telle sorte que, bien que nous resplendissions de la gloire du titre des Césars, nous n'avons cependant pas tenu pour indigne d'être nommé un « homme d'Apulie ».

Mais que venait faire en Apulie un empereur germanique ?

L’Europe médiévale est issue du découpage de l’Empire de Charlemagne par ses trois petits-fils. Le traité de Verdun de 843 attribue la partie orientale (l’ancêtre de l’Allemagne) à Louis le Germanique, la partie occidentale (l’ancêtre de la France) à Charles le Chauve, et la partie médiane (allant de la Frise à la Toscane en passant par la Lorraine !) à Lothaire avec, pour ce dernier, le titre d’Empereur des Romains. L’objectif de la royauté germanique sera de reconstituer l’Empire et de récupérer le titre d’Empereur. Ainsi Louis III (830 / 882) reprend la Lotharingie en 880, Otton Ier (912 / 973) se fait couronner Roi d’Italie (961), puis « Empereur et Auguste » par le pape (962) fondant ainsi concrètement le Saint empire Romain-germanique bien que cette dénomination apparaisse plus tardivement.

Par son père, Frédéric II était le petit-fils de Frédéric Ier de Hohenstaufen (Frédéric Barberousse) empereur des Romains et, par sa mère, de Clément de Hauteville, premier roi normand de Sicile. D’abord roi de Sicile, Frédéric fut élu roi de Germanie (1211), puis couronné par le pape comme empereur des Romains (1220). L’empire n’avait pas de capitale et Frédéric II se déplaçait de région en région afin d’affirmer sa présence, assurer sa puissance et rendre la justice. Mais, de la lignée des rois normands de Sicile, ayant passé sa jeunesse à Palerme, Frédéric II préférait son royaume de Sicile qui, outre l’île, comprenait le sud de la péninsule.

Frédéric II parlait plusieurs langues : le latin, le sicilien, le provençal, l’allemand et peut-être le grec et l'arabe. Il s’intéressait aux arts, à la poésie, à l’architecture, aux sciences, à la médecine et aux mathématiques… mais aussi à la fauconnerie pour laquelle il écrivit un ouvrage de référence. Il fut en lutte quasi continue contre la papauté, excommunié deux fois, et considéré par Grégoire IX comme « l’antéchrist » ! La mort de Frédéric II, provoqua finalement la dissolution du premier Empire des Allemands (« Reich des Deutschen »)[1].


[1] Sur Frédéric II voir notamment : Jean-Yves Frétigné, « Histoire de la Sicile », 2009, et Sylvain Gouguenheim. « Frédéric II – Un empereur de légende », 2015.

Liste des articles sur les Pouilles

Télécharger le document intégral