Des résidences pour une royauté itinérante et pour contrôler les territoires

 

Pouilles Trani Château de Frédéric II

Roi itinérant, allant d’une région à une autre sur son très vaste territoire, en butte à l’indiscipline de ses vassaux, à la volonté d’indépendance des cités lombardes, à l’hostilité du pape, Frédéric II devait marquer son territoire par des résidences fortifiées, des châteaux, des palais à partir desquels il manifestait sa présence et exerçait son autorité.

En Apulie, outre Foggia dont il fit sa capitale, il fit construire plusieurs résidences  à Lucera, Castel del Monte, Gravina, Gioia del Colle, mais aussi une chaîne de forteresses chargées de surveiller la côte adriatique, Monte San Angelo, Barletta, Trani, Bari, Brindisi, Oria, renforcées de tours côtières à Ostuni, Lecce…

Le premier séjour de Frédéric II en Apulie date de 1221 et, à partir de 1223, il commence la construction d'un château à Foggia, château dont il ne reste rien suite à un tremblement de terre en 1731. Le choix de Foggia, plutôt que la Sicile avec Palerme qu’il connaissait bien pour y avoir passé sa jeunesse, s’explique certainement par des raisons stratégiques. A partir de la Capitanate, proche de la Campanie et des Abruzzes, il était plus facile et plus rapide d’envoyer ses armées contre les cités d’Italie du Nord, ou tout simplement de suivre les activités du pape à Rome ! Enfin, « à l'époque, le pays était encore boisé et fertile, agréable à vivre à cause de l'alternance des montagnes, chaînes de collines et plaines à proximité de la mer »[1].

Autour de la ville, et de plus en plus loin, s'élevaient des châteaux de plaisance, des pavillons de chasse et des demeures plus rustiques, ou des « domus » comme à Apricena ou Gravina, à des distances raisonnables afin de se rendre commodément d’un lieu à un autre. 250 « castra » et « domus » impériales auraient été recensées en 1246 en Apulie et Basilicate ! Frédéric II, comme les rois, empereurs et seigneurs de son époque, se déplace de château en château. Louis IX à la même période s’il a une capitale, Paris, est également en fréquents déplacements pour assurer son autorité sur ses vassaux, soit par des conflits armés, soit par des actes juridiques. Les châteaux étaient alors peu ou pas meublés, la suite des seigneurs transportait tout le nécessaire de la cour dans de grands coffres ; à l’arrivée, on transportait les coffres, déballait leur contenu, accrochait des tentures, le mobilier étant constitué des coffres servant aussi de siège, de bancs et de tables faites de planches sur des tréteaux.

Le réseau des châteaux et domus de Frédéric II se répartit sur l’ancien réseau routier des voies romaines, notamment les voies Rome / Brindisi,  voies appienne (par Tarente) et trajane (par Bari). Les voies romaines étaient encore utilisées au temps de Frédéric II et y placer châteaux, forteresses et domus était aussi un moyen de contrôler les routes commerciales, mais aussi d’affirmer la présence de l’empereur.

Les châteaux frédériciens ont des airs de famille, carrés avec des tours d’angle, réguliers, géométriques et symétriques. Ils sont généralement calqués sur le modèle des castrum romain : une forme carrée avec des tours d'angle rondes, carrées ou polygonales. Ils ne ressemblaient donc pas au Louvre de Saint-Louis avec son donjon central, ses nombreuses tours rondes ; par exemple, à Trani, sur la façade côté mer construite du temps de Frédéric II, un grand mur lisse terminé par de massives tours carrées aux angles de l’enceinte. Ces châteaux sont plutôt de taille modeste, mêlant une fonction défensive (murs, tours) et une fonction résidentielle (vaste cour intérieure, disposition des salles).

Toutefois, leur aspect militaire apparaît peu imposant, peu de meurtrières, absence de herse, de créneaux, c’est que leur mission n’était pas d’être inexpugnables comme pouvaient l’être les châteaux français de la même époque qui servaient de refuge aux seigneurs contre les armées en campagne, les  bandes de mercenaires, ou les troupes des condottiere. Le royaume de Sicile de Frédéric II craignait peu ces attaques d’autant qu’il était protégé par une armée impériale permanente, il s’agissait surtout d’assurer la maîtrise des voies de communication et le contrôle des villes.


[1] Suzanne Haldenwang. « Frédéric II et la Pouille ». Bulletin de l'Association Guillaume Budé. Année 2000 Volume 1 Numéro 1.

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