Une représentation d’un empereur inconnu – Arrivée mystérieusement à Barletta

 

Pouilles Barletta Colosso

Sur le côté de la basilique du Saint-Sépulcre, le colosse de Barletta est une imposante statue de bronze de plus de cinq mètres de haut, datée du IVe siècle ou du début du Ve. Elle représente un empereur romain portant sa veste militaire et le diadème décoré de deux rangées de perles. Il pourrait représenter plusieurs empereurs, Valentinien Ier, Théodose le grand, Valentinien III, Marcien, Théodose II, Honorius ou d’autres ! Bref, quelque empereur de la fin du IVe siècle ou du début Ve dans la très longue liste concernant cette période[1].

L’incertitude est toute aussi grande sur la date de l’arrivée de la statue à Barletta. La tradition veut qu’elle serait liée au naufrage d’un navire vénitien revenant de la quatrième croisade (1202 / 1204) celle qui, plutôt que d’aller conquérir les Lieux Saints, participa au pillage éhonté de Zara puis de Constantinople et enfin au partage de l’Empire byzantin entre les Croisés. Une autre hypothèse suggère que le colosse serait une prise de Frédéric II lors de son déplacement dans son duché de Ravenne en 1231. En effet une statue colossale aurait été découverte en 1231 / 1232 à Ravenne lors de fouilles ordonnées par l'empereur et il est donc possible qu'il l'ait fait transporter dans ses terres d'Italie du Sud pour être réemployé dans un projet de prestige.

Ce qui est sûr, par contre, c'est qu'en 1309 les Dominicains ont utilisé une partie de la statue déposée à la douane de Barletta, ses jambes, pour les fondre et fabriquer des cloches pour la nouvelle église de Siponto. La statue fut finalement récupérée pour orner la place réalisée devant la basilique du Saint Sépulcre entre 1442 et 1459. C’est vraisemblablement à cette occasion qu’elle a été reconstituée en rajoutant les parties manquantes et en la complétant, dans la main droite, d’une petite croix. Le résultat est curieux, l’empereur apparaît un peu « court sur pattes », ce qui est peut-être moins dû au non respect des proportions en hauteur qu’à celle de la largeur de ses mollets puissants !

« En observant cette figure, on voit que quoique mauvaise, elle tient encore un peu du style Grec, de celui du bas-Empire & rien du goût Gothique des Princes Barbares qui ont régné à Bénévent. La statue fut trouvée sans jambes ; celles qu’on y a ajouté sont détestables. Elle est habillée à la Romaine, la main droite s’étant trouvé élevée, on y a ajouté une croix, & dans l’autre qui est étendue on a imaginé d’y placer la boule du Monde. Si cette Figure, qui a vint pieds de haut, étoit plus élevée & placée à son avantage elle auroit assez de noblesse, mais ainsi posée à terre, sans Piédestal, elle devient du plus mauvais effet possible »[2].

En 1923, la place fut réaménagée et le Colosse déplacé sur le côté de la basilique du Saint Sépulcre ce qui ne met pas davantage en valeur cette statue exceptionnelle faute de recul car elle est face à une route passante, le Corso Vittorio Emanuele.

« Concluons que si le Colosse de Barletta représente Honorius, ce ne fut point pour ce motif que les habitants d'un petit port du littoral des Pouilles le firent, au XVe siècle, restaurer et placer devant l'un des côtés de l'église du Saint-Sépulcre, près du Castello dominant la mer. Sans doute fut-ce plutôt parce que cet empereur cuirassé, robuste et au visage résolu, brandissant, telle une massue, la croix que le restaurateur avait mise dans sa main droite, semblait ainsi menacer l'ennemi, en l'occurrence les nouveaux barbares agresseurs qu'étaient les Turcs du Grand Sultan de Constantinople, les Infidèles, dont les navires commençaient d'apparaître en Mer Adriatique » [3].


[1] Emilienne Demougeot. « Le Colosse de Barletta ». Mélanges de l'Ecole française de Rome. Antiquité. 1982.

[2] Jean-Claude, Richard de Saint-Non. « Voyage pittoresque ou Description des royaumes de Naples et de Sicile ». 1783.

[3] Emilienne Demougeot. « Le Colosse de Barletta ». Mélanges de l'Ecole française de Rome. Antiquité. 1982.

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