Des constructions qui remontent dans la nuit des temps – Un temps où la main d’œuvre ne coûtait rien

 

Pouilles Alberobello Trulli

Les trulli sont des habitations de pierre, réalisées sans mortier (pierre sèche), selon une technique héritée de la préhistoire et toujours utilisée dans la région[1]. Les habitations sont composées de plusieurs cellules rectangulaires chacune surmontée d’un toit conique de pierres sèches. La plus grande de ces cellules,  dont l'entrée est couverte d'un fronton, est à usage de lieu de vie ; une, deux, voire davantage, cellules plus petites servent de chambre, de cuisine et s'ouvrent sur la pièce centrale par des arcs clavés.

Les foyers, fours et alcôves sont réalisés dans l’épaisseur des murs qui atteignent 1,5 à 1,8 mètres.

Les toitures sont assises directement sur les murs avec des dalles de pierre à chaux de 5 à 7 cm d'épaisseur (« chianche »  ou « chiancarelle ») par simple recouvrement et rétrécissement permettant ainsi de passer de la forme rectangulaire à la forme circulaire, voire ovale, du toit. Sur ces dalles qui servent d’assise sont posées une seconde couches de pierres, plus petites, qui assurent l’écoulement de l’eau. Les toits coniques se terminent par un pinacle décoratif (« cucumeo »  ou « tintinule »)  ayant pour fonction d'éloigner les mauvais esprits. Des dispositifs ingénieux collectent les eaux de pluie et les guident vers un réservoir creusé sous la maison.

En hiver, les murs restent froids et condensent l'humidité issue de la respiration humaine et des activités de cuisine ; en été les murs accumulent la chaleur et la restituent longuement. Les habitants laissaient donc la porte ouverte pendant la journée pour que l'humidité, ou la chaleur, s'en aillent et ils passaient plus de temps dehors que dedans.

Les trulli sont présents dans la Valle d'Itria, la partie sud du haut plateau de Murgie (« Murgia »), sur les communes d'Alberobello, Locorotondo, Cisternino et Martina Franca. Le paysage rural est marqué par l’importance des murs en pierre sèche (« parietoni ») qui entourent les champs de vignes, les oliveraies et bordent les chemins. L’habitat, dispersé, est composé de trulli. Alberobello est l’une des rares agglomérations urbaines de pierres sèches en Europe, mais aussi l’une des mieux conservées. En 1928, le quartier de Monti fut déclaré Monument national, en 1930, les quartiers de Monti et d'Aja Piccola d’Alberobello ont été déclarés Zone monumentale par un décret législatif. Enfin, une  loi (N° 1089/1939) fixe les contraintes de construction dans un périmètre de protection.

On considère généralement que le village actuel date du milieu du XIVe siècle, quand cette région fut donnée en fief au comte de Conversano par Robert d'Anjou, prince de Tarente, en remerciement des services rendus pendant les Croisades. Le comte et ses héritiers peuplèrent la région en y faisant venir des hommes de leurs autres fiefs et en les autorisant à construire des maisonnettes connues sous le nom de caselle. La  tradition veut que ce type de construction en pierres sèches ait été imposée aux nouveaux venus afin que les maisons puissent être démontées rapidement soit pour déposséder aisément les récalcitrants, soit pour éviter de payer les taxes sur les maisons, ce qui aurait été le cas en 1644, quand le roi de Naples envoya ses inspecteurs des impôts.

Mais une analyse historique et technique suggère plutôt que ce type de construction constituait la réponse la plus simple aux conditions locales et que ce n'est que plus tard qu'elle sera exploitée à des fins punitives ou fiscales. A la moitié du XVIe siècle, la région de Monti possédait une quarantaine de trulli  et il faudra attendre 1620 pour que le hameau se développe quand le comte Gian Girolamo Guercio, ordonna la construction d'une boulangerie, d'un moulin et d'une auberge. A la fin du XVIIIe siècle, le village comptait désormais plus de 3 500 habitants. Enfin, en 1797, la population parvint a se libérer du joug féodal de la famille Acquaviva en obtenant de Ferdinand IV, roi des Deux Siciles, le statut de ville royale.

Les trulli cessèrent d'être construits quand le coût de la main-d'œuvre commença à augmenter au XXe siècle, le coût de la manutention des centaines de tonnes nécessaires à une seule habitation devenant prohibitif. A la fin des années 90, refaire le toit d'un trullo coûtait 3 millions de lires (environ 1 500 euros), en 2009 il en coûtait 15 000 euros. A l'heure actuelle, 30% des trulli ont une finalité commerciale, majoritairement en rapport avec le tourisme, 40% sont abandonnés et seuls 30% sont encore à usage d'habitation.


[1] UNESCO. Liste du patrimoine mondial. « Les trulli d’Alberobello ». 

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