Du style roman au style baroque sans intermédiaire ?

 

Pouilles Lecce Santa Croce Façade Détail

Le dernier représentant de la Maison angevine meurt en 1480 et « ses droits » sur le royaume de Naples passent alors au royaume de France où règne Louis XI. La royauté française va alors essayer de faire valoir « ses droits » pendant près de 80 ans en menant dans toute la péninsule italienne une série de guerres meurtrières, ravageant les régions, décimant les populations, guerres qui seront terriblement onéreuses, et qui se termineront finalement avec le traité de Câteau-Cambresis en 1559 et l’abandon de toute prétention de la royauté française sur ces régions[1] !

Dès 1504, les Espagnols étaient quasiment passés maîtres des Pouilles ruinées par la guerre. Ils y restèrent jusqu’en 1707, le royaume de Naples étant devenu un vice-royaume espagnol. Cet événement politique aura des répercussions économiques et culturelles sur la région des Pouilles. Répercussions économiques avec la mainmise de la noblesse espagnole sur les fiefs du royaume, le renforcement du système féodal, le développement du système des latifundia, l’introduction de l’élevage intensif du mouton, des ponctions fiscales élevées, le tout entraînant l’appauvrissement de la région et son dépeuplement. Répercussions culturelles aussi avec le renforcement du rôle de l’église, l’introduction de pratiques religieuses développées en Espagne, mais aussi le développement d’œuvres d’assistance. Dans le même temps, pour se protéger des incursions des pirates sarrasins, les Espagnols construisent ou renforcèrent châteaux et remparts.

La Renaissance ne donnera pas lieu dans les Pouilles à de nombreuses constructions, il faudra attendre les XVIIe et XVIIIe siècles pour que de nouveaux édifices soient érigés, églises, cloitres et palais. L’éclosion du baroque sera amplifiée dans les régions sinistrées à la suite de tremblements de terre, comme celui de 1627, qui détruisirent de nombreux monuments et exigèrent leur réfection ou leur reconstruction.

« le trentiesme du mois de Juillet dernier passé, jour du Vendredy, à l'heure de Midy, il y eut en ce pays un tremblement de terre lequel en ceste ville fut de peu d'effect, & dura un Credo: mais en la Province de la Pouille, laquelle est à quatre journées d'icy, & sur la mer Adriatique, fut de telle force que le tremblement dura l'espace de quatre heures, duquel est advenu que sept ou huict villages sont tous ruinez : c'est à dire, toutes les maisons tombées tout à faict, les gens qui se trouvèrent dedans morts & accablez dans icelles, le nombre desquels arrive à plus de huict ou neuf mille personnes, & la plus grande partie estoient femmes & petits enfans, parce que les hommes en ce temps-là estoient aux champs »[2].

L’art baroque se développera au XVIIe siècle dans les Pouilles comme dans tout le croissant européen qui va de l’Espagne à la Russie en ignorant (partiellement) la France et l’Angleterre. Il le fit selon une forme originale, empruntant ses éléments au baroque italien mais surtout au baroque espagnol caractérisé par l’exubérance de ses ornementations plus que par la recherche de formes savantes et dynamiques. A Lecce et Martina Franca, cette évolution sera favorisée par l’utilisation d’une pierre calcaire très tendre, d’un bel ocre rose, permettant une grande richesse de l’ornementation.

« On attribue à la nature particulièrement tendre des pierres extraites des carrières d’Apulie les caractéristiques de la sculpture baroque à Lecce et Martina Franca. Presque aussi malléables, quand on les sort au grand jour, que du beurre, dont elles ont d’ailleurs la couleur chaude et dorée, elles se prêtent à un travail de dentelle et de fignolage, avant de sécher et de durcir »[3].

Ce sont surtout ces deux villes qui connurent alors les fastes du baroque avec l’érection de très nombreux palais et églises. Ailleurs, l’art baroque a plutôt inspiré les opérations de rénovation extérieure (façades) ou de décoration intérieure de ces bâtiments.


[1] Abandon tout provisoire bien sûr, comme dans tous les traités de paix de cette époque. La France ne cessera par la suite de s’intéresser aux régions italiennes !

[2] Claude Armand. « Récit du tremblement de terre arrivé à la Pouille, Province du Royaume de Naples ». 7 août 1627.

[3] Dominique Fernandez. « Le voyage d’Italie – Dictionnaire amoureux ». 1997.

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