Un baroque sans excès 

 

Pouilles Martina Franca San Domenico Façade

Une très jolie place succède à la place du Plébiscite, la piazza Maria Immaculata, ou place des arcades. Elle est bordée de deux côtés par une colonnade en hémicycle occupée par des cafés et restaurants.

Cette structure enveloppante, semi-elliptique, a été construite en 1854 par l'architecte de Tarente, Davide Conversano, pour répondre à l'initiative audacieuse d'un prêtre, Giacomo Fedele, qui avait commandé, sur ses propres deniers, la création d’un espace public destiné aux activités commerciales. L’architecte a proposé une place semi-circulaire composée d’une succession de treize arcades afin de permettre l’installation d’autant de commerces, la place devenant ainsi le « centre commercial » de la ville. Bien que la réalisation des arcades et des immeubles qui y sont superposés soient de facture néo-classique, l’ensemble s’inscrit néanmoins tout à fait harmonieusement dans l’environnement baroque grâce à sa forme arrondie et la couleur de ses pierres.

De là partent des rues étroites bordées de palais aux façades décorées de balcons en ferronnerie torsadée, de porches et de fenêtres encadrés de volutes élégantes, d’armoiries… En allant ainsi à l’aventure dans les ruelles de Martina Franca, on croise l’église San Domenico (1753). Le projet en avait été confié au moine dominicain Antonio Cantalupi. Celui-ci a travaillé avec deux maîtres maçons Calmerio l'Ancien et Michele Cito. Le premier, plus connu, était marié à une habitante de la ville et avait travaillé sur les chantiers de Lecce.

La façade de San Domenico est divisée verticalement en trois parties marquées par deux niveaux successifs de doubles pilastres : quatre pilastres au premier niveau dont les chapiteaux sont décorés de têtes de chérubins entourées de feuilles d’acanthe et de guirlandes de fruits, deux pilastres au second niveau dont les chapiteaux sont plus traditionnellement de feuilles d’acanthe.

Les deux niveaux sont séparés par une moulure à redans en très fort relief qui, par le jeu de l’ombre sur la façade, a tendance à souligner la séparation horizontale au dépend des séparations verticales qui paraissent moins accentuées.

Au centre, au premier niveau, le portail d'entrée est entouré d’une moulure simple, au relief peu prononcé, mettant ainsi en valeur l'entablement très travaillé. Celui-ci comprend, au centre, le blason du Vatican à deux clés croisées entouré latéralement par deux grandes volutes sur lesquelles sont assis deux anges soufflant dans des trompes. Le blason est surmonté, dans un cadre richement sculpté, de l'emblème des Dominicains (un chien avec une torche dans sa bouche[1]), le tout dominé par deux putti tenant une couronne sculptée en ronde-bosse. Par sa position dominante et sa taille, le blason des Dominicains écrase celui du Vatican ! Les deux parties latérales du premier niveau, très étroites, sont simplement décorées chacune d’une petite niche.

La partie supérieure de la façade, plus étroite, ne comporte que deux doubles pilastres encadrant une fenêtre à la forme complexe, avec un cadre très élaboré composé de moulures en fort relief, de feuilles d'acanthe, le tout surmonté d'un chérubin ailé inséré au milieu d’un fronton curviligne interrompu, puis d’un cartouche à volutes. Cette fenêtre remplace la rosette traditionnelle des façades romanes ou gothiques situées généralement en haut des façades d’églises.

Et enfin, au sommet, une dernière touche de style baroque avec un fronton curviligne interrompu pour encadrer une croix métallique posée au faîte de la façade.

La façade de San Domenico est certainement le meilleur exemple de l’art baroque de la ville, très proche par sa structure monumentale comme par les détails de son ornementation, du baroque de la ville de Lecce. Les chapiteaux des colonnes sculptées de bustes de chérubins, entourés de feuilles d'acanthe et de guirlandes de fruits, rappellent ceux du Palais du Séminaire de Lecce.


[1] Ce symbole proviendrait d’un rêve qu’aurait fait la mère de Saint-Dominique avant sa naissance, celui d’un chien courant autour d’une globe et embrasant le monde avec une torche allumée dans sa gueule. Le symbole du chien est couramment utilisé chez les Dominicains en jouant sur les mots « domini canes » (Dominicano - Les chiens du seigneur).

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