Lecce, le baroque triomphant.

 

Pouilles Lecce Palazzo Marrese

 « Lecce, ville de pierre tendre où le baroque en s’ordonnant, comme la poésie dans l’hexamètre, ne s’était pas énervé »[1].

A la Renaissance, Lecce devient la capitale officielle de la Terre d'Otrante. Avant, Lecce était une ville moyenne construite autour d'un château restructuré et renforcé par Charles Quint en 1539 / 1549 avec l’édification de quatre bastions, de courtines, le tout entouré d’un profond fossé. La ville connut alors une période d'essor et d'agrandissement, impulsé notamment par les autorités religieuses de la ville. Lecce était en effet la ville catholique la plus orientale de la Méditerranée et la présence de l’église catholique y est massive : en 1630, on dénombre 17 couvents d’hommes et 8 de femmes, et le clergé constituait 12% de la population.

En 1639 est nommé à Lecce un archevêque « de choc », Luigi Pappacoda (1595 / 1670) qui devait exercer son ministère à Lecce pendant 21 ans. Luigi Pappacoda remit de l’ordre dans un diocèse dont ses prédécesseurs ne semblaient pas s’être beaucoup préoccupé, participant à réformer les mœurs du clergé, à améliorer leur préparation culturelle et doctrinale, à limiter les prêtres mariés, tout en défendant l’autonomie de l’église contre les autorités laïques et les prétentions de la noblesse.

Cette volonté politique avait certainement besoin de s’affirmer également au travers de réalisations monumentales, prestigieuses à une époque où « l’enjeu, pour chaque évêque est clair : être le serviteur de la plus belle cathédrale possible, et pour certains, de la plus belle cathédrale tout court »[2]. Il s’agissait de conforter une autorité, une présence sur la ville et son territoire.

Luigi Pappacoda sut s’entourer de compétences, notamment Guiseppe Zimbalo, l'un des architectes les plus brillants de l'époque, petit-fils lui-même d'un autre maître d'œuvre qui avait travaillé sur la basilique de Santa Croce de Lecce, chef d’œuvre de l’art baroque du XVIIe siècle. Guiseppe Zimbalo participa à la réalisation de nombreux bâtiments parmi les plus représentatifs du style baroque de Lecce : la restauration de la cathédrale (1659 / 1670) commandée par Pappacoda, l’érection de son clocher de 70 mètres situé juste à côté (1661 / 1682), la réalisation de la plupart des travaux de décoration de la façade et de la rosace (1646) de la basilique de Santa Croce poursuivant ainsi les travaux de son grand-père, l’église du Rosaire, le palais des Célestins (1659 / 1695) siège actuel du gouvernement provincial et situé à côté de la basilique de Santa Croce, et la colonne de Sant'Oronzo (Saint Horace, patron de la ville, 1666) sur la place du même nom.

D’autres églises furent ensuite érigées comme Santa Chiara (1687 / 1691) ou San Matteo (1667 / 1700) et les familles nobles leccese mirent un point d’honneur à arborer leur richesse et leur pouvoir en construisant de nouveaux palais (palais Marrese, Guarini, Palmieri…), et ceci jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, ce qui aboutit à un ensemble urbain homogène de style baroque.

Les deux siècles, XVIIe et XVIIIe, ont ainsi participé, à Lecce, au développement d’un style original même si l’on peut trouver des similitudes avec les baroques espagnols, napolitains et siciliens. Il se caractérise notamment par des façades avec des décrochements de surfaces, des consoles de balcons à la décoration foisonnante, des encadrements de fenêtre complexes et une ornementation riche, fastueuse, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur des bâtiments.

Bien sûr, cette exubérance décorative ne pouvait qu’étonner, voire heurter, un voyageur français de la fin du XVIIIe siècle influencé par le goût pour l’antique, la recherche d’équilibre, de simplicité, de rigueur qui se développaient alors dans les arts du royaume !

« Toutes les maisons, toutes les églises sont belles, ou bien elles y sont toutes laides, car s'il n'y en a pas une qui ne soit très bien construite et très décorée, il n'y en a pas une aussi qui ne soit de bon goût ».[3]


[1] Roger Vailland. « La loi ». 1957.

[2] Gérard Labrot. « Sisyphes chrétiens – La longue patience des évêques bâtisseurs du royaume de Naples (1590 / 1760) ». 1999.

[3] Jean-Claude, Richard de Saint-Non. « Voyage pittoresque ou Description des royaumes de Naples et de Sicile ». 1783.

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