Un baroque aux décorations échevelées

 

Pouilles Lecce San Matteo Façade

L’église San Matteo a été construite sur les dessins de l’architecte leccese Achille Larducci, un neveu du grand architecte baroque romain Francesco Borromini (1599 / 1667). La première pierre de l’église a été posée en 1667 par l'évêque Luigi Pappacoda et l’église a été achevée en 1700. Contrairement aux autres églises baroques de la région dont les façades jouent généralement assez peu sur les effets de surfaces avec courbes et contre-courbes, la façade de San Matteo est caractérisée par un contraste de lignes. Au niveau inférieur une surface convexe alterne avec une surface supérieure concave selon le chef-d’œuvre de Francesco Borromini, l’église romaine San Carlo alle Quattro Fontane.

Le niveau inférieur est séparé en trois parties par deux colonnes dégagées, posées devant un pilastre sur un haut piédestal quadrangulaire. Le portail central est surmonté d’une niche décorée d’une coquille et protégée par un fronton curviligne interrompu permettant de loger le blason de l’ordre des Franciscains, deux bras croisés, l’un nu, celui du Christ, l’autre couvert d'une manche de bure, celui de Saint-François. Les parties latérales basses sont décorées d’une niche sur un mur traité en pointe de diamant.

Le niveau supérieur est séparé par une corniche à redent en très fort relief. Il présente, au centre, une baie serlienne couronnée d’une moulure continue, incurvée au milieu, et deux niches latérales richement décorées. La sinuosité de la corniche sommitale, par suite de la forme concave de la façade, est encore accentuée par des différences de niveaux. L'intérieur est à une seule nef, elliptique, composée d’une série d’arcs en plein cintre abritant chacun un autel, séparés par des pilastres géants cannelés, posés sur des piédestaux accueillant chacun une statue des douze apôtres réalisées en 1692 par Placido Buffelli.

Si le neveu a manifestement essayé de reproduire les formes savantes, dynamiques qui caractérisent l’œuvre de Borromini, l’église San Matteo reste néanmoins marquée par les caractéristiques locales du style baroque : l’importance donnée aux reliefs, l’exagération des proportions et la surcharge décorative.

La façade de l’église Santa Chiara joue également sur les effets de profondeur mais en plans successifs avec un avant-corps. Au premier niveau, la façade est séparée en cinq parties verticales par des pilastres cannelés et deux colonnes dégagées et cannelées lesquelles encadrent le portail. Au tympan du portail, une couronne de fleur, en haut-relief et portée par deux putti, est placée sous le blason de l’ordre des Clarisses. Les parties latérales, encadrées par les pilastres sont ornées de niches. Le niveau supérieur de l’avant-corps répète l'agencement du premier niveau, mais sur une hauteur moitié moindre, avec une large fenêtre centrale, encadrée par des doubles pilastres cannelés. Cette façade paraît inaboutie car dépourvue de tout pignon ou volute au-dessus de la corniche du second niveau.

A l’intérieur, le bâtiment a une forme octogonale allongée, prolongée d’un chœur plus étroit qui accueille un autel monumental. Les murs sont à deux niveaux, le niveau bas est divisé successivement par des pilastres cannelés d’ordre corinthien, entre lesquels des arcs accueillent des autels très ouvragés et très dorés, ornés de colonnes torses. Le niveau supérieur comporte de grandes fenêtres et des niches abritant des statues.

Tout le répertoire du baroque y passe, colonnes dégagées, doubles pilastres, haut piédestal, moulure incurvée, corniche à redents, niches, haut-relief, volutes… J’en oublie. Ce serait bien pire encore s’il fallait décrire l’église Santa Croce objectif principal de tous les touristes. il faudrait encore enrichir le vocabulaire en parlant de colonnes jumelées, d’encorbellement, de console, d’oculus, de cariatides zoomorphes et anthropomorphes et nommer tous les êtres fantastiques qui peuplent la façade, sirènes, griffons, lions, dragons, pélicans, salamandres, sphinx, serpents… Je cale ! De fait, trop, c’est trop, et bien qu’amoureux du baroque, je m’étonne mais n’apprécie plus.

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