Une bactérie tueuse – Un traitement qui passe par l’élimination des arbres malades ?

 

Pouilles oliviers 3

Les principaux lieux de culture de l'olivier en Italie sont les régions des Pouilles, la Sicile et la région calabraise. Loin derrière viennent ensuite les régions de Toscane, l'Ombrie et la Ligurie. Les Pouilles avec la Sicile fournissent, à elles seules, la moitié des olives produites en Italie. L'Italie est le deuxième producteur au monde d'huile d'olive, après l'Espagne et avant la Grèce, avec une part de marché d'environ 20%.

L'huile d'olive italienne bénéficie de nombreuses appellations d'origine contrôlées, une trentaine environ, selon les régions. Dans les Pouilles, sont utilisés trois cultivars dominants, la Cellina, cultivée surtout dans le Salento, la Coratina, propre à la province de Bari, et la Cerignola, qui donne surtout des olives de table. Si l’Italie est un grand producteur d’huile d’olive elle est aussi l’un des plus grands consommateurs et importateurs car sa production ne couvre pas sa consommation. C’est donc peu dire que l’olivier a modelé le paysage des Pouilles qui compterait de 50 à 60 millions d’arbres, dont une grande partie centenaires voire pour certains millénaires !

Depuis 2013, une bactérie décime les oliveraies de cette région d’Italie. On note d’abord une brûlure-dessèchement des feuilles. La périphérie des feuilles passe du jaune au brun foncé, puis le brunissement se propage vers l’intérieur de la feuille pour finalement aboutir à la dessiccation. Dans les stades plus avancés, on observe le dessèchement des rameaux des oliviers suivi de la mort des arbres. Dans la même zone, la brûlure-dessèchement des feuilles concerne aussi l’amandier et le laurier rose. Cette bactérie est Xylella fastidiosa, dont le nom dérive de « xylème » et fait référence au fait que cette bactérie se limite aux tissus vasculaires qui assurent le transport de la sève brute dans la plante, le xylème. « Fastidiosa » signifie « fastidieuse » car il s’agit d’une bactérie difficile à cultiver en laboratoire par suite de ses exigences nutritionnelles. Les vaisseaux du xylème transportent la sève brute composée d’eau et de nutriments puisés dans le sol par les racines. La sève brute est conduite jusqu’aux feuilles où à lieu la photosynthèse qui va permettre d’obtenir la sève élaborée qui va alors nourrir les tissus de l’arbre. Quand la plante est colonisée, les bactéries adhérent entre elles formant un biofilm qui arrive à obstruer la circulation de la sève à travers les vaisseaux et bloque alors la nutrition de la plante. La bactérie est transmise par l’intermédiaire de Phileanus spumarius, ou cicadelle écumeuse, un insecte piqueur-suceur qui se nourrit de la sève des végétaux grâce à son rostre qui pénètre dans les vaisseaux de la plante. Les cicadelles accumulent les bactéries dans leur œsophage et transmettent ainsi la maladie aux arbres dont elles consomment la sève.

A la suite de la découverte de la Xylella dans le Sud des Pouilles, l’Italie avait mis en place un plan drastique d’endiguement de la maladie avec  la création d’une zone d’exclusion de 50 mètres de large, au nord de la ville de Lecce, au-dessus d’un territoire de 20 kilomètres qui comporte un million d’arbres considérés comme perdus. La cicadelle ne faisant que des vols de 5 mètres, il était prévu d’abattre tous les arbres malades et les plantes environnantes au sein de ce cordon sanitaire. Suite à une plainte des agriculteurs et des écologistes anti-abattage, la justice s’est d’abord opposée à la création de la zone tampon, puis le conseil d'Etat (février 2016) a autorisé l'abattage des arbres sous certaines conditions. Les arbres infectés ne montrant aucun symptôme pendant un à deux ans, il est désormais possible que de nombreux oliviers situés au-delà de la zone tampon soient déjà infectés et que la maladie se répande. Tout laisse supposer que la situation va empirer en Italie, où plus d’un million d’oliviers ont péri desséchés en 2016. La surveillance de la maladie, les abattages d’arbres infectés n’ont jamais vraiment eu lieu selon un rapport de mai 2016 de la Commission européenne, qui a en outre noté que les Pouilles n’ont déboursé que la moitié des 10 millions prévus pour aider la recherche scientifique sur la maladie.

La diffusion de cette maladie est aussi une conséquence de la mondialisation. En avril 2015, Xylella fastidiosa a été repérée sur le marché de Rungis dans un caféier importé du Costa Rica. En juillet 2015, elle a été découverte en Corse, puis en région PACA, en octobre. En 2017, 12 amandiers d’une plantation voisine d’Alicante, au sud de Valence, étaient infestés. On peut aussi imaginer que le réchauffement climatique fait migrer du Sud vers le Nord des insectes vecteurs de maladies...

 

Monopoli / Senlis, septembre 2016 / juillet 2017.

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