La chair humaine est aussi un commerce – Ce sont les « mâles » qu’il faudrait éduquer !

 

Pays-Bas Amsterdam Quartier rouge

Une visite d’Amsterdam, sans aller dans le quartier rouge n’en serait évidemment pas une ? Quoique ? Le quartier est effectivement très fréquenté et pas seulement par des bandes de jeunes hommes, souvent d’origine étrangère, qui sillonnent les rues. C’est aussi en famille que l’on s’y rend, par intérêt ? Pour des fins éducatives ? Par curiosité malsaine ? Par mépris ? Par arrogance ?

C’est toutefois sans malice que, cette année-là, nous suivions le quai de « l’Oude Zijds Voorburgwal ». Notre objectif était de visiter le musée « Amstelkring » qui abrite dans ses combles une église catholique clandestine.

Nous admirons les façades des maisons du canal, l’une d’entre elle avec son pignon décoré retient tout particulièrement notre attention, au point de désirer en faire une photographie. La lumière étant assez faible en cette fin d’après-midi de décembre, le flash se déclenche automatiquement au cours de l’opération.

En nous retournant, nous constatons que nous avons dû pénétrer dans le fameux quartier rouge, la nature des vitrines ayant sensiblement changé et laissant peu de doute sur le commerce qui s’y pratique. Derrière une grande baie vitrée trois magnifiques filles, grandes, fines, d’origine asiatique (d’Indonésie, de Java ?) en petite culotte et soutien-gorge de dentelle se font les ongles, dansent, ou font des gestes avenants aux passants.

Soudain la porte de la maison de passe s’ouvre et l’une de ces magnifiques filles se précipite vers moi, demi-nue, dans le froid humide ! Elle s’efforce de m’arracher l’appareil photo, expliquant en anglais qu’elle veut la pellicule. Ne saisissant pas tout de suite ce qu’elle me veut, je finis par comprendre que la lumière du flash a attiré son attention et qu’elle pense que je l’ai photographiée dans sa vitrine. Mon épouse s’interpose, le tout pimenté d’un charabia en plusieurs langues, français, anglais, néerlandais... quand, finalement, d’autres passants interviennent pour confirmer que nous ne photographions que des maisons ! Elle lâche alors l’appareil et rentre se remettre au chaud, pendant que les passants s’amusent de l’altercation et que nous repartons mon épouse et moi, bras dessus, bras dessous, « en bourgeois ».

Cette courte scène révèle brutalement la manière contradictoire dont les prostituées vivent leur situation. Cette fille peut s’exposer demi-nue dans une vitrine, danser pour attirer le client, se déshabiller et se prêter aux désirs sexuels des hommes, par contre, elle ne peut supporter être prise en photo. Sa vie quotidienne, elle l’efface, la nie, l’évacue, mais la photographie est une trace indélébile. Sa vie quotidienne, elle la rêve, elle la modifie, la lumière du flash est implacable, c’est un regard extérieur qui juge et marque ce jugement.

« La vérité comme la lumière aveugle. Le mensonge, au contraire, est un beau crépuscule, qui met chaque objet en valeur »[1].

Mais ne faisons-nous pas finalement tous pareil ? N’avons-nous pas chacun « un squelette dans notre placard », un petit coin pas toujours très net, pas très propre, aux portes bien fermées où nous cachons les actions dont nous ne sommes pas trop fiers ? Pour le connaître, pour l’accepter, rencontrerons-nous le juge pénitent du « Mexico-city » ? Si vous entrez dans un des bars d’Amsterdam, méfiez-vous de celui qui viendra s’asseoir à côté de vous, engagera la conversation puis s’accusera progressivement de mille maux, se couvrira la tête de cendre, exhibera son abjection. Celui-là vous attire dans ses filets pour vous faire avouer vos petites indignités, vos infidélités, tous ces petits coins de la mémoire aux souvenirs déplaisants que vous vous efforcez d’oublier.

Peut-être faudrait-il aujourd’hui moderniser le rôle en tenant compte de la fréquentation ? Il conviendrait alors de remplacer le juge-pénitent des bars à matelots par une prostituée du quartier rouge. Une prostituée-pénitente qui rappellerait aux hommes venus la fréquenter leur part de responsabilité dans ce trafic de chair humaine.

Mais, le plus important, ne serait-il pas d’éduquer les garçons et les jeunes hommes pour acquérir une sexualité amoureuse et épanouie ! Il n’est pas encore interdit de rêver…