Une ville à l’urbanisme marqué par son activité commerciale

 

Pays-Bas Amsterdam Prinsegracht 5

« La Hollande est un songe, monsieur, un songe d’or et de fumée, plus fumeux le jour, plus doré la nuit, et nuit et jour ce songe est peuplé de Lohengrin comme ceux-ci filant rêveusement sur leurs noires bicyclettes à hauts guidons, cycles funèbres qui tournent sans trêve, dans tout le pays, autour des mers, le long des canaux »[1].

L’expansion d’Amsterdam autour de son premier noyau, installé au Moyen-Age sur la rive droite de l’Amstel, s’est effectuée par couches successives, chacune d’entre elles étant délimitée par un nouveau canal, canal qui vient à la fois fermer la nouvelle expansion de la ville, mais aussi permettre l’arrivée des marchandises par bateau. La cité attire alors les marchands et banquiers flamands, ou juifs marranes du Portugal et d’Espagne, les riches protestants français chassés par la révocation de l’Edit de Nantes.

Le centre géométrique de cet ensemble de canaux concentriques peut-être situé sur la place du marché dominée par le Waag, une ancienne porte fortifiée du XVe siècle, Waag qui devint en 1617 le lieu où était installé la balance publique, lieu symbolique s’il en est puisqu'ici passaient toutes les marchandises d’Amsterdam.

 « Avez-vous remarqué que les canaux concentriques d’Amsterdam ressemblent aux cercles de l’enfer ? L’enfer bourgeois, naturellement peuplé de mauvais rêves »[2].

Etrangement, on peut compter neuf cercles à partir du Waag, comme les neuf cercles de l’enfer décrits par Dante[3].

La vieille ville apparaît repliée sur elle-même et ne présente aucune large perspective, ni grande allée partant d’une porte monumentale ou aboutissant à un arc de triomphe, ni place grandiose, ni colossale statue dominant une vaste esplanade, ni nombreux palais (exception faite certes du « Koninklijk Paleis », le palais royal), ni même magnifiques hôtels particuliers avec portail et cour intérieure. Amsterdam est une ville sans lieux de représentation ! Foin du faste, de l’apparat, des cérémonies, des cortèges, des processions, des spectacles. On ne s’amuse pas ici, monsieur, on travaille !

Au long des canaux, se pressent maisons-entrepôts et entrepôts. L’architecture en est toujours semblable : le pignon est tourné vers la rue délimitant une façade étroite pour échapper autant que faire se peut à l’impôt, et la maison s’étire en profondeur. Côté canal, trois fenêtres en façade sur trois à cinq étages de hauteur et quelques fioritures en pignon pour agrémenter et se distinguer, mais sans ostentation, avec redents, pignon en cou avec guirlandes de fleurs, ou en cloches avec volutes.

De temps en temps, une enseigne crée une tâche de couleur sur la façade de briques rouges, ou de briques peintes en noir, enseigne insérée à des fins utilitaires d’indication des activités du marchand ou du commerçant installé là : lunettes, tonneaux, chariot. Bien sûr, au sommet du pignon de façade, jaillit l’inévitable potence au bout de laquelle une poulie permettait de monter les marchandises dans les étages et greniers.

Tout ici parait subordonné à l’échange des marchandises et au commerce.


[1] Albert Camus. « La chute ». 1956.

[2] Idem.

[3] Dante Alighieri. « La divine comédie ». 1304.

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