C’est par les innovations que s’exprime le génie artistique

 

Pays-Bas Amsterdam Museumplein Rijksmuseum 5 Syndics des drapiers

Après « l’altératie » (le changement) de 1578, le ralliement d’Amsterdam à la révolte protestante, l’art amstellodamois, comme l’art hollandais, s’écarte des thèmes religieux.

C’est le temps où les riches marchands des Guildes, les syndics d’artisans, les milices urbaines se font « tirer le portrait » en groupe pour accrocher les tableaux aux murs de la salle dans laquelle ils se réunissent afin de passer à la postérité et que celle-ci reconnaisse leur gloire.

La scène est souvent composée de façon similaire : les notables, six à dix hommes sérieux et responsables, tous habillés du même costume sévère, pourpoint noir et haut chapeau noir, entourent une table recouverte d’un tapis. Elle représente une réunion dans laquelle les syndics signent des actes dont on imagine la très grande importance.

Les seules tâches de couleurs de ces sévères tableaux sont constituées par les visages des syndics, visages entourés d’une demi-auréole étincelante du col de dentelle rabattu sur le pourpoint (l’ensemble étant situé plutôt au tiers supérieur du tableau), mais aussi par les mains (situées elles au tiers inférieur). Les mains, aux doigts allongés sont saisies dans des gestes précieux, manifestement hérités du « maniérisme » italien qui avec la technique de la « main parlante » constituait un geste oratoire adressé au spectateur.

A contrario, des autres peintres amstellodamois de la même époque qui s’efforçaient de représenter avec précision les traits des personnages pour obtenir des portraits « ressemblants », Rembrandt donne une facture indécise aux visages, flottante. La pâte n’est pas nette mais à grosses touches, comme pour essayer de capter la psychologie, la vérité intérieure du modèle plutôt que son apparence. Rembrandt joue aussi sur les jeux de lumière, les clairs obscurs, les ombres, et semble s’intéresser peu aux décors de la scène.

Dans « Les syndics des drapiers » (1662), la composition globale du tableau pourrait sembler respecter les canons du genre : six notables, habillés de noir, entourent une table. Mais les visages sont moins des photographies, le « jeu » des mains y est très peu important, elles sont peu visibles, le plus souvent en partie cachées soit par un livre, soit par une feuille, et ces mains font des choses très matérielles, tenir un pichet, un livre, une feuille de ce livre. Le décor est réduit au minimum, un mur lambrissé en fond présentant deux encoignures lui donnant ainsi une profondeur dynamique grâce à des jeux de lumière à partir d’une fenêtre dont on suppose quelle est située sur la gauche. L’ensemble confère calme et sérénité au tableau.

Autre innovation magistrale, le plateau de la table, couvert d’un lourd tapis, autour duquel sont assemblés ces doctes personnages, est situé à hauteur des yeux de l’observateur, comme si la table était placée sur une estrade, ce qui induit un effet de domination de l’observateur par les personnages du tableau. L’importance des personnages représentés est ainsi rendu par le peintre, non par l’accumulation de signes, décor cossu, présence de serviteurs richement habillés, mais tout simplement par le jeu de la perspective qui place l’observateur plus bas que les syndics, pourtant assis, lesquels le dominent du regard.

Toutefois, je ne suis pas sur que la facture de Rembrandt pour ces commandes publiques n’ait pas été considérée par les notables locaux comme un peu trop « originale » par rapport aux autres peintres qui assuraient eux un fini plus « léché » de leurs œuvres et notamment du visage de leurs commanditaires ! Ces braves bourgeois devaient en « vouloir pour leur argent » et préférer que leurs portraits leurs ressemblent. Est-ce pour cela que ses commandes se raréfièrent et qu’il mourut pauvre ?

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