De très belles pièces mais peu nombreuses – Une illustration d’une colonisation de nature différente ?

 

Pays-Bas Amsterdam Museumplein Rijksmuseum Shiva

« ... la Hollande n’est pas seulement l’Europe des marchands, mais la mer, la mer qui mène à Cipango, et à ses îles où les hommes meurent fous et heureux »[1].

La section « Asie » du Rijksmuseum apparaît de faible importance, même si quelques pièces sont remarquables comme par exemple un Shiva dansant ou des terres cuites chinoises représentant une caravane. Pourtant la richesse d’Amsterdam s’est en partie fondée sur l’empire colonial hollandais. Il est vrai qu’il existe également un musée que nous n’aurons pas le temps de voir, le « Tropenmuseum », ou musée des Tropiques, l’ex musée colonial ouvert à Harlem en 1864 et transféré à Amsterdam. Le Tropenmuseum présente les différentes civilisations du monde à travers des reconstitutions (Bombay, souk arabe, village africain…).

Dans la grande refonte qu’a subit le Rijksmuseum, la section des Arts asiatiques a bénéficié de l’érection d’un pavillon particulier en forme de polygone semi-enterré.

Mais le Rijksmuseum expose également dans ses différentes autres salles de nombreuses pièces représentant des objets d’origine asiatique dans la décoration des intérieurs hollandais au siècle d’or : des peintures de natures mortes où sont dessinées des porcelaines asiatiques, des portraits de bourgeois entourés de leurs objets précieux d’origine asiatique, des laques et des meubles coloniaux en bois tropicaux, des tapis posés sur des tables, des bijoux sertis de pierres précieuses…

Cette relative modestie en pièces muséographiques d’origine asiatique marque certainement aussi une colonisation hollandaise d’une nature différente de celle de la colonisation française !

Au XVIe et XVIIe siècles, la formidable expansion commerciale batave est fondée sur l’existence de nombreux comptoirs sur les différents continents : Nouvelle Amsterdam (futur New-York) en Amérique du Nord, Pernambouc, Curaçao et Surinam en Amériques du Sud, Le Cap en Afrique, Ormuz et Chiraz au Moyen Orient, Kannamur, Cochin, Pulikat et Ceylan aux Indes, Malacca, Bornéo, Batavia dans les Indes Néerlandaises (Indonésie), sans oublier la Nouvelle-Zélande.

Hormis les Indes néerlandaises, l’actuelle Indonésie, transformées en colonie de grandes plantations, mais assez tardivement au XIXe, Le Cap et la Nouvelle-Zélande, colonies de peuplement, les autres implantations bataves sont plutôt des établissements qui drainent les marchandises pour l’Europe, épices, noix de muscade, poivre, clous de girofle, ou thé, café, cacao et sucre... par le biais de puissantes compagnies, Compagnies des Indes Orientales et des Indes Occidentales.

L’expansion mondiale hollandaise est moins affaire de territoires, qu’affaire de commerce et d’argent. La Hollande ne semblait pas s’embarrasser d’une « mission civilisatrice » comme pour les Français, mission dans laquelle « on peut y déposer tout ce qu’on veut : les écoles, l’électricité, le Coca-Cola, les opérations de police, les ratissages, les condamnations à mort, les camps de concentration, la liberté, la civilisation et la « présence » française »[2]... mais aussi, pour certains, l’intérêt pour les civilisations des peuples colonisés.

Comme il s’agit de commerce, ces relations peuvent apporter du prestige, non à un Etat qui ne le cherche pas, mais à des individus, de riches marchands ou des capitaines de navires, qui tiennent à montrer les richesses curieuses qu’ils ont pu acquérir au cours de leurs lointains voyages : porcelaines, meubles, tapis, pierres précieuses. D’où l’importance de la représentation de ces éléments d’origine étrangère dans les autres salles du musée.


[1] Albert Camus. « La chute ». 1956.

[2] Roland Barthes. « Mythologies ». 1959.

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