Une succession d’architectes prestigieux – La sépulture de Francesco Borromini

 

Rome Ponte Via Giulia Santa Maria dei Fiorentini

« On peut s’arrêter un instant à l’église San Giovanni de’ Fiorentini parce qu’elle fut commencée sur les dessins de Michel-Ange. (…) Après sa mort, on abandonna son dessin comme trop coûteux et des architectes médiocres achevèrent cette église qui a trois nefs »[1].

San Giovanni Battista dei Fiorentini est, comme son nom l’indique, l’église des Florentins résidant à Rome, San Giovani Battista (Saint-Jean-Baptiste) étant le protecteur de Florence.

En 1508, Bramante (1444 / 1514) conçut le premier projet. Mais le premier architecte, choisit par concours en 1519, fut Jacopo Sansovino (1486 / 1570), immédiatement remplacé par Antonio da Sangallo le jeune (1484 / 1546). Puis les deux architectes travaillèrent ensemble mais les travaux furent arrêtés du fait du sac de Rome de 1527 par les sbires de Charles Quint. Quelques années plus tard, les Florentins demandèrent à Michel-Ange (1475 / 1564) de poursuivre l’ouvrage, lequel réalisa les dessins du nouvel édifice sans qu’il soit réalisé. Pendant toute cette période, les architectes et leurs commanditaires hésitaient entre des plans en croix grecque ou en croix latine !

C’est Giacomo della Porta (1532 / 1602), constructeur de la coupole des Saint-Pierre (dessinée par Michel-Ange) et de la façade du Gesù qui servit de modèle aux églises de style « Jésuite », qui poursuivit la construction de l’édifice avec un plan en croix latine à trois nefs jusqu’à son décès. Carlo Maderno (1556 / 1629), auteur notamment de la façade de l'église Santa Susanna souvent considérée comme la première œuvre de l'art baroque (1596), réalisa le transept, la voûte en berceau et la coupole. L’abside fut édifiée par Francesco Borromini (1599 / 1667). L’église ne fut terminée qu’en 1734 avec la réalisation de sa façade par Alessandro Gallilei, également architecte de la façade de la basilique Saint-Jean-de-Latran. Il ne fallut pas moins de deux siècles et une dizaine d’architectes pour la bâtir ! Lesquels ne sont généralement pas de « médiocres architectes »…

« Borromini et Maderno sont enterrés sous le pavement de l’église – ce dernier fut du reste l’architecte de la haute coupole élancée qui nous surplombe, et que les Romains appellent affectueusement le ‘confetto succhiato’, la dragée sucrée. Peut-être bien que leur esprit hante les ténèbres qui enveloppent les tableaux »[2].

La coupole de l’église se remarque entre les différentes coupoles qui surplombent la ville par ses nervures et sa forme plus élancée, plus « pointue » que les autres dômes.

A l’intérieur remarquer le maître-autel de Borromini encadrant une composition d’Antonio Raggi représentant le baptême du Christ par Saint-Jean-Baptiste, avec sur les côtés les tombeaux de la famille Falconieri dus également à Borromini, accompagnés des statues de « La Foi » par Ercole Ferrata et de « La Charité » par Domenico Guidi.

Une plaque, sur le troisième pilastre gauche, rappelle que c’est ici que fut enterré Francesco Borromini (1599 / 1667) qui, s’il ne fut pas le plus prolixe ni le plus réputé, fut certainement le plus inventif des architectes baroques. Borromini est toujours à la recherche de solutions innovantes, voire surprenantes, pour tenter de saisir la lumière, le mouvement, la vie, utilisant des formes complexes, généralement courbes ou spiralées pour emprisonner la lumière ou au contraire la renvoyer. Borromini n’utilise pas l’opulence des décors, la surcharge de bronzes dorés, de marbres colorés, de stucs ou d’angelots pour assurer l’effet décoratif mais avant tout sa formidable inventivité des formes. Cette contradiction entre une architecture des plus savantes et cette simplicité décorative font notamment de Sant’ Ivo un des plus remarquables exemples d’architecture baroque.

« Il n’était jamais satisfait et il voulait tirer une chose d’une autre, et de cette autre une autre encore, indéfiniment »[3].


[1] Stendhal. « Promenades dans Rome ». 1829.

[2] Marco Lodoli. « Iles – Guide vagabond de Rome ». 2005.

[3] Le Bernin. Cité par Paolo Portoghesi in « Borromini en perspective ». 2003.

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