Une nouvelle voie visant à faire de Rome une capitale « moderne »

 

Rome Ponte Corso Vittorio Emanuele II

La piazza dell’oro communique avec la grande voie qui traverse successivement les quartiers de Ponte, Parione, San Eustachio, Pigna, le « Corso Vittorio Emanuele II », du nom du premier roi d’Italie (1820 / 1878). Elle permet de relier la piazza Venezia au quartier du Borgo, de l’autre côté du Tibre. C’est une large avenue tracée à la fin du XIXe siècle afin de répondre aux besoins de communication à travers des quartiers dont les voies dataient presque toutes du Moyen-âge.

Il y avait bien, certes, la via Giulia, datant de la Renaissance, parfaitement rectiligne, mais elle était désormais trop étroite pour absorber une circulation hippomobile et encore moins automobile.

Deux rues permettaient auparavant de traverser ces quartiers, au Nord, les via di Banchi Nuovi et del Governo Vecchio, au Sud les via di Banchi Vecchi, dei Pellegrino et dei Giubbonari. Les unes comme les autres musardaient en contournant églises, palais, ruines antiques et pâtés de maisons médiévales.

Les via di Banchi Nuovi et del Governo vecchio formaient une section de la « via Papalis » dénommée ainsi parce que le pape nouvellement élu la parcourait, en qualité de nouvel évêque de Rome, pour prendre possession de son évêché situé à Saint-Jean-de-Latran. Le cortège reliait alors le Vatican, siège de la papauté, au Latran, siège de l’évêché de Rome, en passant par le Capitole et le Colisée. Au retour, le cortège traversait le Campo dei Fiori. Cette ancienne voie existe partiellement encore et il est possible de suivre la voie papale en empruntant, à partir du pont Saint-Ange, les « via del Banco di Santo Spirito », « via dei Banchi Nuovi », « via del Governo vecchio » qui débouchent sur le Corso au niveau du Palais Massimo[1].

Bien sûr, tout cela ne correspondait pas à la volonté d’avoir une capitale prestigieuse pour le nouvel Etat « moderne » unifié le 20 septembre 1870 avec la prise de Rome par les troupes royales. Dès le 30 septembre un comité de 11 ingénieurs et architectes est mis en place pour traiter des projets d’amélioration et d’embellissements de la ville. Le 28 Novembre 1871, le Conseil municipal approuve un projet de plan de développement urbain, dit plan « Pianciani et Viviani ». Celui-ci prévoit notamment une série de démolitions afin de créer une voie transversale, la via Nazionale[2]. A son extrémité sur le Tibre, la nouvelle artère devait pouvoir se brancher, au Nord sur le pont Saint-Ange et à l‘Ouest sur le pont dei Fiorentini. A l’autre extrémité, la voie devait rejoindre la « Via del Gesù » élargie et renommée « via del Plebiscito ». Le plan « Pianciani et Viviani », écarté en 1874 par la nouvelle municipalité, n’en sera pas moins exécuté en ce qui concerne cette voie. C’est par une résolution de 1886 que cette nouvelle artère est ensuite dénommée « Corso Vittorio Emanuele II ».

La nouvelle voie n’est pas parfaitement rectiligne, non seulement parce que d’abord orientée Est / Ouest, elle devait pouvoir se brancher sur le Pont Saint-Ange par l’intermédiaire de la via « del Banco di San Spirito » à orientation Sud / Nord, mais aussi parce qu’il existait, en cours de route, nombre d’édifices impossibles à détruire et qu’il fallait plus ou moins contourner ou, au contraire, mettre en valeur pour donner du lustre à cette nouvelle artère : l’église Sant’ Andrea del Valle, le Palais de la Chancellerie, ou la Chiesa Nueva par exemple ! Cela explique quelques originalités urbanistiques comme la façade courbe du palais Massimo alle Colonne qui bordait autrefois la via Papalis.

Bien sûr, cela ne s’est pas fait sans nombre de destruction de façades (palais Sora et Sforza Cesarini), voire de bâtiments : la Petite Farnesina est isolée, des édifices annexes du palais de la Chancellerie. « Heureusement » toutes les propositions modernes et radicales du plan « Pianciani et Viviani », ne furent pas réalisées, comme l'élargissement de la via del Banco di S.Spirito ou celle du Pont Saint-Ange[3] !


[1] Pierre Lavedan, Jeanne Hugueney, Philippe Henrat. « L’urbanisme à l’époque moderne – XVIe XVIIIe siècles ». 1982.

[2] Prof. Domenico Cecchini. « Principali fasi della trasformazione urbana - Formazione della citta' industriale XIX secolo ». Università degli studi di Roma. Sd.

[3] Voir le site Roma segreta. 

Liste des promenades dans Rome et liste des articles sur le quartier de Ponte

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