Un navire fabriqué en RDA rénové en 2012 – Un design au charme un peu suranné et désuet

 

Russie Zosima Shashkov

« Je me suis si longtemps étendu sur le tzar Pierre que, selon toute probabilité, vous avez oublié en vous occupant de ce grand constructeur de vaisseau, de capitales et de royaumes, celui qui vous raconte son histoire, ses compagnons de voyage, le « Vladimir » sur lequel il a fait la traversée de Stettin à Cronstadt, et le « Cockerill » qui est venu tout exprès du quai Anglais pour nous chercher tous »[1].

Alexandre Dumas père a la plume et l’invention faciles. Ayant rédigé les souvenirs de son voyage en Russie quelques années après l’avoir effectué (1858), son texte comprend de longs développements sur l'histoire du pays, beaucoup moins sur sa géographie, mais de très nombreuses anecdotes toutes plus rocambolesques les unes que les autres. C’est enlevé, fort bien écrit bien sûr, mais l’auteur a manifestement un peu oublié les lieux visités, à moins que la rédaction de leur description ne l’intéressa pas véritablement. Comme la photographie et les smartphones n’existaient pas alors et qu’ils préférait certainement faire de beaux enfants à l’histoire, sa description des villes, monuments et paysages est souvent des plus sommaires : de Saint-Pétersbourg nous connaîtrons surtout la médiocrité des pavés, de Péterhof l’exécrable repas qu’il fit ce jour-là et de Moscou le récit d’un incendie dans lequel il se « grilla les cheveux ».

Faute d’un talent à la Dumas, soyons plus précis…

Les navires ont été spécifiquement construit pour la croisière fluviale en Russie et peuvent donc utiliser les canaux de Moscou. Généralement d’une longueur de 130 mètres environ, d’un tirant d’eau de moins de trois mètres, les bateaux accueillent de 200 à 280 passagers, à une vitesse maximale de 25 km/h. Il semble que de nouvelles commandes de navires soient actuellement en cours. Contrairement à la majorité des bateaux de la compagnie Vodohod qui portent plutôt des noms d’artistes russes, le Jozina Shashkov arbore le nom d’un ministre de la mer et de la flotte de l’URSS. Construit en 1986, il a été entièrement rénové en 2013. De 129 mètres de long et d’un tirant d’eau de 2,9 mètres, il comporte 5 ponts et 147 cabines qui permettent d’accueillir jusqu’à 284 passagers.

Les cabines sont petites et d’un design un peu passé de mode en Europe de l’Ouest, mais parfaitement entretenues et d’une propreté scrupuleuse. Elles possèdent chacune une fenêtre sur l’extérieur, une salle d’eau avec douche et toilettes privées, ainsi que la climatisation. A la disposition des passagers il y a en outre deux restaurants, deux bars, un solarium (s’il fait assez chaud et assez de soleil !), et une boutique de souvenirs.

Le design des bars et salles de restaurant n’est pas non plus de toute première jeunesse mais cela donne à l’ensemble un charme un peu suranné, désuet, tranquille, qui participe à vous mettre en confiance. Le tout est servi par une armée de jeunes gens et jeunes filles parfaitement souriants et manifestant toujours la plus grande bonne volonté… et il leur en faut, certains voyageurs, Chinois des Etats-Unis ou Français, étant particulièrement grognons ou exigeants.

Pendant les temps de navigation, pour éviter que les passagers ne s’ennuient, ce qui pourrait être très préjudiciable à l’évaluation finale du voyage, toutes sortes d’activités sont proposées, de l’initiation à la langue russe à la peinture sur matriochka, en passant par la visite de la passerelle, des conférences sur l’histoire de la Russie, des projections de films, des soirées dansantes ou faisant appel aux talents des participants et, bien sûr, les inévitables soirées folkloriques. Certains passagers arrivent néanmoins à s’occuper tout seul, comme des grands, soit en musardant sur le pont, observant les rives et les passages d’écluses, soit en discutant dans les salons voire même, pour quelques touristes américains d’origine chinoise, à jouer au majong pendant toute la durée du voyage.

Et la nourriture ? Ah, oui, la nourriture. Elément-clef pour les touristes français. Hé bien, un peu à l’image de la déco, sans fioritures inutiles, sans esbroufe, une nourriture honnête, suffisamment variée, équilibrée, flirtant parfois avec les saveurs méditerranéennes, bref, faisant de chaque repas un moment agréable, convivial, détendu… pour peu, bien sûr, que vous partagiez votre table avec de sympathiques compagnons de voyage.


[1] Alexandre Dumas. « Voyage en Russie ». 1862.

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