Le palais Sforza Cesarini – La casa dei Pupazi - Santa Lucia del Gonfalone

 

Rome Ponte Via dei Banchi vecchi Casa dei Pupazzi

Avant la Renaissance, la première partie de la rue était dénommée « La Chancellerie Vieille » car elle longeait la Chancellerie du pape alors installée dans le palais Sforza-Cesarini. La seconde partie s’appelait « Chiavica de Santa Lucia del Gonfalone » du nom de l’église qui y est située. C’est ici que s’effectuait la « course des juifs » à l’occasion des fêtes de Carnaval, avant d’être transférée ensuite sur le Corso.

« Le long du Cours, qui est une longue rue de Rome, qui a son nom pour cela, on fait courir à l’envy, tantost quatre ou cinq enfants, tantost des Juifs, tantost des vieillards tout nuds, d’un bout de rue à autre »[1].

La course des Juifs inaugurait la semaine du carnaval romain et elle en était devenue une coutume spécifique. Au XVIIe siècle, elle demeurera seule avec celles des animaux (chevaux, ânes et buffles) et la nudité des coureurs deviendra de plus en plus l’objet du ridicule, de quolibets et de vexations de la population de confession juive[2].

La rue servait de passage aux pèlerins se rendant à Saint-Pierre, c’est donc tout naturellement que  s’y installèrent les banquiers et changeurs, notamment florentins, et les notaires. Compte-tenu de ces activités passées, la rue présente de belles maisons et de riches palais. Au début de la rue, à gauche, au n°31, le palais Sforza Cesarini. Il a été érigé par le cardinal Rodrigo Borgia (1431 / 1503), alors vice-chancelier de l'Eglise, comme siège de la chancellerie apostolique. Cette fonction lui avait été décernée en 1457 par son oncle le pape Calixte III Borgia (1378 / 1458), autre illustration du népotisme très utilisé sous la papauté. En 1492, Rodrigo Borgia devient pape à son tour sous le nom d'Alexandre VI, de sinistre mémoire, et il investit comme vice-chancelier le cardinal Ascanio Sforza qui habite alors le palais de la Chancellerie. Les Sforza Cesarini ont complètement rénové le bâtiment vers 1730 puis, en 1888 avec la création du Corso Vittorio Emanuele, une partie du bâtiment a été démolie et reconstruite dans un style néo-Renaissance. La conception Renaissance du palais est visible dans sa cour intérieure qui présente une façade à trois rangées superposées de sept arcades.

A droite, au n°22, la jolie façade de la maison dite « des marionnettes » (casa dei Pupazi - Palazzo Crivelli) est, avec le Palazzo Spada, un exemple rare de façade ornée de stucs. C’était la maison,  construite vers 1538, d’un orfèvre milanais. Le premier étage est décoré de trophées, de boucliers et d'armures,  surmontés de masques grotesques et de têtes de lion. Le bas du second étage comprend des armoiries de souverains pontifes (peut-être Jules II della Rovere, Paul III Farnèse et Urbain III Crivelli ?). Le deuxième étage est orné de putti et de décorations florales et, sur les corniches des frontons des fenêtres, de paires de satyres. Les deux étages supérieurs sont plus sobres, décorés seulement au troisième étage par deux bas-reliefs sur lesquels sont représentés deux épisodes du pontificat de Paul III Farnèse (1468 / 1549) : Charles Quint baisant le pied du pape, et Paul III réconciliant Charles Quint avec François Ier à Nice.

A gauche, au n°132, une inscription sur la façade, en latin, rappelle que l’immeuble abritait l’Hospice des pèlerins  de Bohême dont la construction remonte à 1457. En face, l’église Santa Lucia del Gonfalone date de la fin du XIIIe et du début du XIVe siècle. Reconstruite en 1544, elle a été restaurée en 1603, 1761 et 1866. Depuis 1544, elle est le siège de l'Archiconfrérie de la bannière (gonfalone), un groupe de pénitents blancs, première confrérie de dévotion à Rome dont les statuts ont été approuvés par le pape Clément IV Foucault (1185 / 1268) en 1267[3]. Au XIVe siècle, ces confréries jouèrent un rôle religieux, social mais aussi politique important à la fois pour le retour de la papauté à Rome mais aussi dans les luttes entre factions rivales au sein du sénat romain.

Avec les aménagements de la piazza del Ponte, les banquiers et changeurs transférèrent leurs bureaux dans le nouveau quartier de la via di San Spirito et dei Banchi Nuovi (rue des banques nouvelles). Par la via dei Cartari, on rejoint la Chiesa Nueva sur le Corso Vittorio Emanuele II.


[1] Michel de Montaigne. « Journal de voyage ». 1582.

[2] Martine Boiteux. « Les Juifs dans le Carnaval de la Rome moderne, XVIe-XVIIIe siècles ». Mélanges de l'Ecole française de Rome. Moyen-Age, Temps modernes. Volume 88, N° 2. 1976.

[3] Histoire de la confrérie des Pénitents blancs. Voir site.

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