Image miraculeuse ou commémoration d’une paix italienne ? – Une façade très originale

 

Rome Ponte Santa Maria della Pace

Deux thèses s’affrontent au sujet de la création de l’église Santa Maria della Pace. La première est liée à la réalisation d’un miracle. En 1480, une image de la Vierge installée sous le porche de l’église Sant’ Andrea des Acquariciariis (des porteurs d’eau) se serait mise à saigner après qu’un joueur ayant perdu tout son argent, lui aurait lancé une pierre (ou un couteau, voire même l’aurait poignardée !). L’autre explication est que l’érection de l’église aurait célébré la paix signée entre le pape et les princes italiens suite aux troubles issus de la conjuration des Pazzi. Le 26 avril 1478, deux grandes familles florentines, les Pazzi alliés aux Salviati, soutenus par le pape Sixte IV della Rovere, tentèrent d’assassiner Julien et Laurent de Médicis s’estimant brimés dans l’obtention de droits et d’honneurs. Le pape, allié au roi de Naples, envahit alors la Toscane. La paix entre les protagonistes fut néanmoins conclue face à la menace ottomane et Sixte IV fit ériger l’église pour la commémorer.

Le premier architecte serait Baccio Pontelli (1450 / 1492) qui aurait été l’auteur de la nef flanquée, de chaque côté, de chapelles. Le cardinal Oliviero Carafa chargea Bramante (1444 / 1514) de la réalisation du cloître (1500 / 1504). Celui-ci est un très bel exemple du style de la première Renaissance à Rome. Le premier niveau s'inspire de l'architecture romaine, notamment du théâtre de Marcellus, avec  des arches reposant sur des piliers massifs décorés de pilastres donnant une impression de puissance. Le second niveau est traité très différemment avec une succession de colonnettes et de légers piliers pour soutenir la loggia.

Enfin, dans l’église, une coupole fut élevée (1524) sur la base d’un tambour octogonal par les Sangallo, le Vieux et le Jeune. C’est une des premières coupoles de Rome, encore très plate, après celle de Santa Maria del Popolo.

A l’intérieur, Raphaël peint la chapelle Chigi en 1514. Les quatre Sibylles (de Cumes, Perse, Phrygie et Tibur) qui avaient prédit la naissance du Christ, ne sont pas représentées recueillies comme dans la chapelle Sixtine de Michel-Ange, mais dialoguant avec des génies ailés. Les quatre prophètes de l’ancien testament, situés à l’étage supérieur, ont probablement été exécutés par un élève de Raphaël. La coupole est ornée de fresques de Pierre de Cortone et de peintures des Peruzzi et de Carlo Maratta.

C'est Pierre de Cortone (1596 / 1669) qui, en 1657, conçoit une façade nouvelle pour l'église à la demande d’Alexandre VII Chigi, façade curieuse et complexe. Elle est précédée d'un portique semi-circulaire, à toit plat supporté par huit colonnes doriques appariées. Au dessus, la façade est légèrement convexe, chaque partie courbée, aux extrémités, étant encadrée de pilastres corinthiens. Les deux pilastres extérieurs soutiennent un fronton triangulaire alors que les deux pilastres intérieurs soutiennent un fronton courbe inscrit dans le premier. L’entablement du fronton est cassé en son centre pour y insérer les armoiries du pape Alexandre VII encadrées de rameaux d’oliviers. Le blason aurait été martelé par les soldats français occupant Rome en 1798. Sous le blason, encadré de deux colonnes, une grande fenêtre en plein cintre entourée d’un cadre moulé.

En opposition avec la façade centrale convexe, deux petites ailes concaves sont terminées par de petits pavillons placés en retrait de la façade.

« La façade s'avance largement sur la place par un porche semi-circulaire. Ce mouvement vers l'avant est compensé par les reculées en convexité des façades latérales. Ce jeu contrapuntique est très représentatif de l'esthétique baroque, alors en plein épanouissement. L'architecte a également conçu la petite place sur laquelle s'ouvre l'église. On admire ici le sens de la mise en scène des architectes baroques, qui parviennent à créer des œuvres monumentales dans des espaces restreints et qui savent faire dialoguer la ville et le monument »[1].