Un développement radioconcentrique – L’exigence d’une nouvelle urbanisation

 

Russie Moscou Colline des moineaux

« Nulle part Moscou ne semble être la ville elle-même ; tout au plus sa banlieue. Le sol humide, les baraques en planches, les longs convois de matières premières, le bétail qu’on pousse à l’abattoir, les cabarets misérables, on rencontre tout cela dans les parties les plus animées. La ville est encore parsemée de maisonnettes en bois, exactement selon la même construction slave que l’on rencontre partout aux environs de Berlin »[1].

Dès 1922 est établi le premier schéma directeur de la Russie soviétique qui vise au développement de la nouvelle capitale du nouvel Etat, basé sur une planification radiale et annulaire de Moscou et la préservation des monuments anciens de la ville.

Mais ce plan, qui ignorait les besoins pressants de logements de la population, a finalement été rejeté. En 1931 est mis à l’étude un nouveau schéma directeur de réaménagement, décidé en 1935, qui organise la déconcentration des industries et des habitants. Le système radioconcentrique de développement est valorisé avec la création d’une immense ceinture verte, composée de forêts et de parcs, laquelle formera la frontière de la ville avec la forêt. Le tout est complété, dans les années d’après-guerre, par la réalisation de voies larges en détruisant le bâti ancien y compris les bâtiments historiques, l’édification de gratte-ciels en périphérie (les « Sept Sœurs de Moscou ») et la construction d’immeubles de 5 à 9 niveaux au long des nouvelles avenues radiales et annulaires. C’est qu’il fallait créer une capitale à la hauteur des ambitions du premier état socialiste, avec un espace urbain semblable aux grandes métropoles européennes, Paris, Londres, Berlin ou Vienne, la monumentalité devenant un moyen de promotion de la capitale et du socialisme[2] !

Par suite de l’accroissement de la population moscovite est réalisée, en 1960, une nouvelle voie rapide périphérique, de 109 km de long, englobant plusieurs anciennes villes ou bourgades de la périphérie de Moscou : la MKAD (voie périphérique automobile de Moscou). En 1997, la MKAD est transformée en autoroute, passant de 2x2 voies à 2x5 voies, en supprimant tous les feux de signalisation et en aménageant les carrefours.

Le schéma directeur de 1935 a dessiné le Moscou d’aujourd’hui mais il semble que les limites de ce développement soient désormais atteintes. Les derniers schémas directeurs envisageaient trois fois moins d’automobiles qu’il n’y en a actuellement. Avec le développement du parc automobile, l’installation des centres commerciaux le long de la MKAD, les modifications des habitudes de consommation, la ville est désormais paralysée par les embouteillages. Par ailleurs, au-delà de la MKAD, l’implantation anarchique de datchas mite le couvert forestier et plus d’un demi-million d’habitants des environs viennent tous les jours travailler dans la capitale. Les racines du « mal moscovite » seraient à rechercher dans la structure radiale et circulaire de l’agglomération : près de la moitié des lieux de travail sont concentrés dans le troisième anneau de transport où ne vivent que 8 % de la population. 

En 2012, une consultation internationale a été lancée par la mairie de Moscou dans l’objectif de créer « les conditions du développement de Moscou en tant que ville mondiale et centre international de la finance, de l'éducation, de l'innovation et du tourisme ». Le jury international a retenu le projet des architectes français Antoine Grumbach et Jean-Michel Wilmotte, associés au russe Sergueï Tkachenko[3]. Ce projet repose sur le constat que de très grandes emprises ferroviaires et de nombreuses friches industrielles sont disponibles dans l’agglomération elle-même. En conséquence, plutôt que de créer des villes satellites nouvelles, la stratégie pour le développement de l’agglomération repose sur la priorité de structurer les axes d’urbanisation existants en s’appuyant sur un plan ambitieux de transports collectifs tout en respectant la fusion entre la ville et la forêt. Plusieurs lignes de trains rapides desserviraient les aéroports et le MKAD de Moscou, combiné à un réseau de métro et de lignes de tramway. En 2016, une ligne de chemin de fer circulaire de 170 km, reliée au réseau du métro, a été inaugurée à Moscou.


[1] Walter Benjamin. « Moscou ». 1927.

[2] Voir Andreï Ikonnikov. « L'architecture russe de la période soviétique ». 1990.

Garik Galstian ; « La mutation sociale et économique de l’espace urbain de Moscou après la chute de l’URSS ». In Natalia Guilluy-Sulikashvili. « L' énigme russe: pouvoir-économie et société ». 2012.

[3] Interview de Jean-Michel Wilmotte et Antoine Grumbach. France Culture. « La grande table ». 16/10/2012.

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