Une liaison de plus de 1300 km – Effectuée majoritairement sur fleuves et lacs

 

Russie Canal Volga_Baltique Ouglich

La voie d’eau qui relie Moscou à Saint-Pétersbourg est longue de 1 321 km quand 650 km séparent les deux villes par la route. De fait, il s’agit de deux voies d’eau complémentaires comportant au total une douzaine de sections. D’une part, la liaison entre la Moskova à la Volga, longue de 128 km et, d’autre part, la voie navigable Volga-Baltique, un ensemble de cours d'eau (Volga, Sheksna, Kovja, Svir et Neva), de réservoirs (Rybinsk), de lacs (Blanc, Ladoga et Onega) et de canaux (canal de la division des eaux de 53 km, canal de Vytégra de 38 km).

Les navires empruntent quelques sections de canaux (150 km environ) ou de fleuves (700 km environ), mais ils naviguent souvent sur de très grandes étendues d’eau constituées par des lacs, dont les deux plus grands lacs d’Europe, les lacs Ladoga (18 000 km2[1]) et Onega (10 000 km2), ou d’immenses réservoirs d’eau artificiels (Rybinsk, 4 500 km2).

Si certaines parties du parcours furent donc creusées, dans des conditions souvent atroces, cette extraordinaire réalisation tient néanmoins davantage à l’érection de quelques barrages entraînant l’immersion de vastes étendues de forêts, de champs cultivés et de villages, ce qui était rendu possible par la faiblesse des amplitudes d’altitude (altitude moyenne de 100 m). Près de 700 villages furent noyés sous la retenue de Rybinsk et 150 000 personnes déplacées.

Le canal de Moscou a été creusé par les prisonniers du camp de travail Dimitrovlag, une structure du Goulag spécialement créée en 1932. Deux cent mille prisonniers y auraient été affectés. Quatre ans et huit mois plus tard, quand le canal fut ouvert au trafic, il en restait cinquante cinq mille.

Grâce au canal, Moscou est reliée par des voies navigables à cinq mers : la mer Blanche, la mer Baltique, la mer Caspienne, la mer d'Azov et la mer Noire, d’où son surnom de « port des cinq mers ». Avec la voie d’eau Moscou / Saint-Pétersbourg, le régime socialiste réalisait, en beaucoup plus grand bien sûr, le rêve de Pierre le Grand de joindre Saint-Pétersbourg à la Volga. Déjà, au début du XIXe siècle, le système de canal Mariinsk permettait à travers rivières, lacs et canaux, de transporter les marchandises, mais pour des gabarits modestes.

Sur cette très remarquable voie d’eau, la navigation apparaît assez faible. Au long d’une semaine de navigation, nous avons croisé chaque jour, en moyenne, deux ou trois navires chargés de bois, un d’hydrocarbures et un autre de sable ou de gravier. Cela apparaît bien peu. Il est très difficile de trouver des statistiques qui permettent de quantifier les tonnages transportés. Si l’on en croit le Conseil maritime du gouvernement russe, 17,6 millions de tonnes de fret (pétrole et bois d’œuvre) auraient emprunté la voie navigable Volga / Baltique en 2004[2]. Si la Fédération de Russie a des projets d’amélioration du trafic fluvial en éliminant un certain nombre de restrictions à la navigation (construction d’une deuxième écluse parallèle sur le site hydro-électrique de Nijne-Svir et travaux de réparation et de rénovation sur le canal de Moscou)[3], de fait, le transport des pondéreux sur la voie navigable n’était vraisemblablement pas l’objectif prioritaire. Avec le gel des canaux en hiver et l’amélioration des transports terrestres Moscou / Saint-Pétersbourg (autoroute, chemin de fer, oléoducs et gazoducs), la voie navigable a pour principal intérêt de permettre le débardage des grumes de l’immense forêt russe.

De son côté, le canal de Moscou avait pour premier objectif d’assurer la fourniture en eau de la capitale (origine de près de la moitié de la consommation en eau de Moscou) et d’éviter que la Moskova ne se transforme en ruisselet en été. Enfin, l’ensemble de cette voie d’eau comprend une dizaine de centrales hydro-électriques positionnées sur chacun des barrages, lesquelles ont joué un rôle-clef dans l’alimentation en énergie électrique du pays.


[1] Pour comparaison, le lac Léman fait 580 km2 !

[2] En 2015, sur la Seine, 21 millions de tonnes, et sur le Rhin, 208 millions de tonnes.

[3] Commission Economique pour l’Europe. « Etat d’avancement du développement du réseau européen de voies navigables d’importance internationale ». 2010.

Liste des articles sur la voie navigable Moscou / Baltique

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