Une traversée de la grande forêt russe – Une présence humaine plus marquée sur les rives de la Volga

 

Russie Vanal Volga_Baltique

Outre le plaisir de visiter deux villes aux remarquables monuments historiques, Moscou et Saint-Pétersbourg, la réalisation d’une croisière sur la voie navigable Volga / Baltique permet d’aller « tâter » un tout petit peu de la Russie rurale et d’essayer de dépasser, autant que faire se peut, les clichés sur ce pays. Le bateau traverse en effet des zones différentes même si, globalement, les berges paraissent toujours être situées dans la grande forêt russe.

« … la route de Saint-Pétersbourg à Moscou, tantôt long steppe, tantôt interminable forêt, n’a pas la moindre colline pour faire une apparence de pittoresque »[1].

En partant de Saint-Pétersbourg, la navigation est un peu plus « pittoresque », même sans colline. Elle s’effectue d’abord sur la Neva, un fleuve lent, large (de 250 à 1300 m), majestueux, aux berges hautes couvertes d’une forêt mélangeant bouleaux et pins. Elle prend sa source dans l’immense lac Ladoga, le plus grand d’Europe, traversé de nuit. Le Svir relie les lacs Ladoga et Onega, sur 215 km et présente des caractéristiques semblables à la Neva, avec une présence humaine faible, marquée par de tous petits hameaux d’une dizaine d’isbas qui semblent perdus au milieu de la forêt de bouleaux et de pins. Les navires remontent généralement au Nord du lac Onega, long de 248 km pour une largeur de 92 km. Une dizaine d’heures de navigation sont nécessaires pour atteindre l’île de Kiji. L’aller, effectué de nuit, par un fort vent glacial du Nord, peut parfois être un peu secoué. Au retour, de jour, les berges sont si éloignées qu’elles ne permettent pas d’observation même à la jumelle.

Les bateaux empruntent successivement le canal Vytegra puis le canal de division des eaux lequel marque, comme son nom l’indique, la distinction entre les bassins de la Baltique et de la Caspienne. Enfin, ils utilisent le lit de la rivière Kovja. La présence humaine sur les berges est toujours assez faible. Les hameaux comportent une ou deux douzaines d’isbas, disposées au long d’une route de terre. Un tiers de ces isbas apparait en bien mauvais état,  vieilles et bancales mais habitées ; un autre tiers sont des isbas anciennes, noires mais entretenues, mais le dernier tiers est composé de maisons de bois, neuves et pimpantes, souvent très colorées. Dans toutes ces maisons, les jardins potagers ont été soigneusement retournés et se préparent vraisemblablement à recevoir les semis de légumes. On aperçoit des routes de terre qui s’enfoncent dans la forêt, et de formidables tas de grumes amoncelés sur la berge qui attendent d’être chargés sur des navires. Les bateaux traversent ensuite le lac Blanc (1 400 km2) avant de descendre le cours de la Sheksna. Les berges s’animent un peu et, derrière les rideaux d’arbre de la berge, on devine de petites villes à la vue de quelques immeubles de logements ou des hangars d’entreprises dont il est souvent difficile de  déterminer si elles sont en activité ou à l’abandon tant leur état est médiocre.

Le réservoir de Rybinsk est une immense retenue artificielle (4 580 km2) commencée en 1935 et mise en eau en 1941. Il permet d’assurer le transfert entre la Volga et la Baltique en toutes saisons alors que les cours d’eau le permettaient difficilement pendant la période d’été et toujours au prix de halages longs et pénibles. Les forêts qui occupaient le site ont été noyées ainsi que les champs cultivés et les villages. La décomposition des matières organiques a entraîné la prolifération d’une algue microscopique donnant à l’eau une couleur marronnasse. Par ailleurs, les fluctuations de niveau de la retenue, liées au stockage de fin d’hiver puis au déstockage pour la navigation ou l’hydroélectricité entraînent la création de marécages à de grandes distances de la retenue compte-tenu des faibles variations d’altitude ainsi que des phénomènes d’érosion des rives[2].

A partir de Rybinsk, la navigation s’effectue désormais sur la Volga dont les rives sont plus urbanisées, même si les forêts de bouleaux sont encore très présentes. Les villages égrènent désormais leurs chapelets d’églises à bulbes dorés, bleus ou verts. Ils sont composés de maisonnettes de bois, souvent neuves, aux couleurs vives. Puis dans le canal de la Volga à la Moskova, les rives deviennent alors très fréquentées. Manifestement, elles sont le terrain de jeu et de repos préféré des Moscovites qui viennent y camper, pique-niquer, bronzer ou tout simplement passer un agréable moment en famille ou entre amis.


[1] Alexandre Dumas. « Voyage en Russie ». 1862.

[2] P. Marchand. « Les variations de niveau des réservoirs de la Volga et leurs conséquences sur l'environnement ». Revue des sciences de l'eau. 1990.

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